Les chemins de traverse

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On n’est pas sérieux quand on a quatorze ans et demi, la tête pleine de rêves et de jolies filles. Lorsque vous avez un copain bricoleur de génie tout devient alors possible, prendre la route le temps des vacances et partir à l’aventure. Au bout du chemin, le parcours aura été initiatique, forcément initiatique. C’est ainsi que Daniel, dit « Microbe » et Théo, alias « Gasoil », partent sur les routes de France. Certes ils n’ont pas l’âge de pouvoir conduire une automobile, ni même d’en posséder une, résultat, ils la créeront eux-mêmes, ce sera dès lors leur maison ambulante. Un moteur deux temps de tondeuse à gazon ne cale jamais, pour le reste la créativité suppléera aux déficiences.

 

Créateur prolixe, Michel Gondry s’est inspiré de sa jeunesse pour nous conter cette histoire singulière et, comme souvent chez le maitre, non dénué de poésie. Le personnage de Daniel (remarquablement incarné par Ange Dargent) est en grande partie inspiré de son propre vécu, gageons que celui de Théo (épatant Théophile Baquet) le soit également, même si le réalisateur affirme le contraire ; Théo étant apparemment un composite de plusieurs de ses amis d’enfance. Daniel est créatif, rejeton d’une famille baba, tout comme l’était l’auteur. Son camarade est un digne héritier de Georges Méliès, un des pionniers du septième Art. « Microbe et Gasoil », par son aspect foutraque, ne déparera pas dans la filmographie du metteur en scène de « La science des rêves » ou encore de « L’écume des jours ».

 

Avec ce nouvel opus, Michel Gondry poursuit également son exploration du thème de l’adolescence tout comme il l’avait fait naguère dans « The We and the I », son documentaire américain. Ce dernier était un magnifique portrait de groupe, « Microbe et Gasoil » est a contrario une sorte de Buddy-Movie dont les héros ont deux personnalités que tout oppose mais qui se complètent parfaitement. Si la présence de téléphones portables ancre indubitablement l’action de nos jours, des cheveux longs de Daniel au blouson vintage de Théo, tout le reste brouille les pistes. Le spectateur baigne dans un climat constant d’intemporalité. Dès lors, les interrogations sur la vie et l’amour des deux jeunes têtes d’affiche deviennent, au bout du compte, universelles. Les thèmes abordés à l’époque dans « The We and the I » étaient, eux, davantage ethniques.

 

« Microbe et Gasoil » est, indubitablement, l’un des films les plus remarquable de cet été 2015, de ceux que le cinéphile n’oubliera pas de sitôt. L’empathie est immédiate, et ce, dès les premières images. Certains dans la salle se sentiront proche d’un Gasoil, puni par son père, d’autres d’un Microbe qui a retenu les leçons de son ami, enfin les plus sensibles de Laura, la Dulcinée du dit Microbe, qui au final -mais chut- se trouvera délaissée. Comme quoi, le cinéma est toujours un encouragement à prendre les chemins de traverse.

FRANCOIS CAPPELLIEZ