Le sable, le métal et le sang

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Mad Max Fury Road” est une expérience cinématographique hors norme. Du jamais vu, comparable à l’avènement du cinéma tout simplement, au premier film des Frères Lumières.

Une icône universelle

La saga “Mad Max” créa  un genre, le film post-apocalyptique, avec le premier volet en 1979 et redéfinit les codes du cinéma d’action. La suite tournée en 1982 puis en 1985 acheva de faire du personnage principal une icône universelle qui irrigua tout un pan de la culture populaire. Relativement peu prolifique, avec seulement neuf longs métrages en trente-six ans, George Miller n’en demeure pas moins un cinéaste essentiel qui mérite d’urgence d’être réévalué. Son travail sur la saga “Mad Max”, et plus généralement dans tous ses films, consiste à revisiter les mythes qui font partie de notre inconscient collectif. Trente ans après le troisième volet, il franchit une nouvelle étape avec “Mad Max Fury Road”.

Au-delà des mots

Mel Gibson, acteur original, a cédé sa place à Tom Hardy qui d’emblée est très convaincant dans la peau de ce héros taiseux et renfermé. Dès la scène d’ouverture, le film nous attrape à la gorge et ne nous lâche plus jusqu’à la fin. Nous embarquons alors dans une course poursuite ininterrompue de deux heures. Des cascades inédites s’enchaînent telles des fulgurances visuelles dans un maelström hallucinatoire qui nous prend aux tripes.

Festival de chrome rutilant et de personnages tuméfiés, où se côtoient la monstruosité et la beauté virginale, le look du film est hallucinant. Les images qui nous sont ainsi offertes dégagent une force évocatrice qui nous atteint physiquement jusqu’à nous faire vaciller.

Les dialogues des personnages, peu nombreux, se réduisent à des déclarations quasi-mystiques. Et c’est par sa mise en scène, pure, minérale, frénétique que le film nous éclate à la figure et révèle  toute sa profondeur. En cela, il renoue avec la puissance évocatrice des mythes anciens. Les personnages, à la manière des récits mythologiques, se réduisent à leur fonction.

Cette simplicité donne à l’histoire son caractère primordial tout en brassant une richesse thématique vertigineuse. Les mots laissent la place au souffle dévastateur des images. Ce chef-d’œuvre  – et le mot n’est pas assez fort – envoie aux oubliettes les blockbusters de ces vingt dernières années. Tout simplement. En comparaison “Fast and Furious” parait aussi haletant qu’une course d’escargots. Oui, un nouveau standard est né.

 Les mythes sont éternels

A la fois suite de la trilogie originale et réinterprétation du mythe, ce quatrième volet donne une nouvelle épaisseur à Max. Toujours aussi tourmenté et taciturne, il a gagné cependant en sagesse, en gravité. Il est ici un personnage quasi mystique, « connecté » au monde des esprits. Il laisse une place majeure au personnage de Furiosa, interprété par Charlize Theron. Celle-ci est son double et emprunte le même chemin que lui. On assiste alors à un fascinant passage de relais. Le mythe se régénère. Pour la première fois de la saga, on aperçoit dans les yeux de Max de la compassion. Sa carapace se fend pour laisser enfin entrer la lumière.

Geste philosophique, véritable poème déguisé en blockbuster, “Mad Max Fury Road” impressionnera durablement vos rétines et secouera votre âme.

Fouad Boudar