Logorrhée

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Deux lustres déjà que Zach Braff est apparu au firmament du cinéma indépendant américain. «Garden State » à l’époque avait enthousiasmé les cinéphiles exigeants. Une distribution first class -Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Ian Holm-, un scénario d’une richesse infinie, une mise en scène léchée… Une étoile semblait être née. Et puis plus rien, le vide intersidéral. Le jeune réalisateur disparut des écrans radars. La télévision permettait de temps à autre de prendre des nouvelles du météore mais point de résurrection dans les salles. Jusqu’à ce « Wish I was here » improprement traduit dans la langue de Molière « Le rôle de ma vie ». Donc « Je voudrais être ici » si l’on respecte la citation originale, hommage à la chanson des Dog’s Eye View semble reprendre l’introspection entamée dans son premier long métrage.

Une décennie s’étant écoulée, nous étions en droit de s’attendre à davantage de maturité. Que nenni ! L’acteur semble développer toutes les caractéristiques du syndrome de Peter Pan. L’angoisse de devenir adulte et le désir de rester dans le royaume enchanté de l’enfance étreint notre personnage principal. Maladie familiale apparemment : le frangin (Josh Gad), parfait geek, baigne lui carrément dans la sous-culture issue des Comic Con. Vous ajoutez à la mixture une grosse cuillère à soupe de judaïté, une pincée de clichés sur l’American way of  life et vous vous retrouvez face à un plat très rapidement bourratif. Le ton résolument mélancolique du premier se noie ici sous un torrent d’effets appuyés. Volonté de garder le contrôle ? Manque certain de finesse psychologique ? Nous ne saurions trancher, toujours est-il que le vague sentiment d’être pris en otage finit par agacer fortement.

Les sentiers empruntés sont bien trop balisés pour offrir de nouveaux panoramas. Même si ce n’est pas de sa faute, tant le terrain a été, par le passé, défriché, difficile pour un Zach Braff de renouveler le genre. L’humour juif a ses maîtres. Woody Allen a rendu la terre aride et les frères Coen avec « A serious Man » ont sans doute clos le sujet pour les prochaines décennies. Les rapports père-fils, clef de voûte de l’édifice scénaristique, ne relèvent pas non plus la sauce. Tout ici est convenu, attendu et même si Mandy Patinkin, incarnation douloureuse du paternel, s’en tire avec les félicitations du jury, le spectateur éprouve un malaise certain face à ses ficelles tire-larmes que le scénario tire à chaque réplique. Et osons le dire le choix de Pierce Gagnon et surtout de Joey King afin d’incarner la progéniture de l’anti héros s’avère une catastrophe. Ils détrônent sans coup férir Abigail Breslin, alias little miss Sunshine, au Panthéon des têtes à claques.

« J’espère que vous ne m’écoutez pas parce que je ne pense jamais avant de parler ». Le réalisateur aurait dû écouter la ballade des Dog’s Eye View jusqu’au bout, cela nous aurait épargné une telle diarrhée verbale.

REGIS DULAS