Le temps d'aimer.
Le temps de mourir.

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Sans titre

Quatre années se sont déjà écoulées depuis “Tu seras mon fils”. Gilles Legrand revient aujourd’hui comme scénariste et réalisateur avec “l’Odeur de la Mandarine”. Un titre étrange, me direz-vous. Ce sont avant tout les chevaux qui accaparent olfactivement le spectateur, ce dernier se trouvant projeté en 1918, à la fin de la Grande Guerre. Mais pour les combats et les batailles, ce sera uniquement du hors champ. Le réalisateur s’intéresse en effet davantage aux traces laissées par la guerre sur les protagonistes de son histoire.

Qui mieux donc qu’Olivier Gourmet, l’un des meilleurs acteurs actuels, pour camper Charles, un officier de cavalerie blessé physiquement – il y a perdu une jambe – et moralement. Il habite, solitaire, une grande demeure dont les dépendances accueillent de rares chevaux. L’acteur belge compose avec beaucoup de force et de subtilité.  Il excelle en effet dans ce type de personnage, fort à l’extérieur et bien moins à l’intérieur. Face à lui,  on retrouve Georgia Scalliet, sociétaire de la Comédie-Française mais nouvelle venue au cinéma. Elle interprète remarquablement Angèle, son infirmière à domicile. Plus jeune mais ayant déjà perdu au front son grand amour, elle vient perturber la  solitude de l’officier. Côté casting, il ne faut oublier ni les rôles secondaires tenus par Hélène Vincent et Fred Ulysse – le “vieux couple” au service de l’officier -, ni les apparitions plus fugaces de Romain Bouteille en notaire ou de Michel Robin en curé.

Côté technique, Gilles Legrand a su également bien s’entourer. On retrouve Yves Angelo comme réalisateur et chef opérateur. Et les deux hommes se connaissent bien. D’un côté, Angelo pour la photographie de chacun des films de Legrand. De l’autre, Legrand pour la production de certains films d’Angelo. Ce dernier possède un art certain de la photographie de cinéma. Il  maîtrise la lumière comme peu de chefs opérateurs. On imagine sans peine son plaisir à composer ces images de campagne d’une grande beauté.

Certes, le jeu des acteurs est remarquable. Certes, la photographie est somptueuse. Mais “l’Odeur de la Mandarine” manque de chair, de corps, de violence, de ce qui fait la qualité d’une mise en scène. Il ne nous reste plus qu’à imaginer ce qu’aurait fait Douglas Sirk d’un tel sujet …

Christian Szafraniak