Nous irons tous au paradis.

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La présence de Claude Brasseur sur nos écrans reste constante même si elle est moins évidente et moins éclatante que lors de la décennie soixante-dix, voire durant les années quatre-vingt. Dorénavant l’acteur privilégie les téléfilms, apparaissant parfois dans des longs métrages marginaux, comme ce fut le cas en 2013 où il prêta son talent à l’inclassable Jean-Pierre Mocky pour le confidentiel « Renard jaune» – cinéaste pour qui de nombreux acteurs français, et non des moindres, acceptent de tourner, malgré l’indigence proverbiale des cachets. N’empêche que retrouver le fils de Pierre en tête d’affiche reste encore aujourd’hui un immense plaisir pour les cinéphiles.

La carrière actuelle de Claude Brasseur au théâtre n’est sans doute pas étrangère au choix du réalisateur. En effet, le film d’Ivan Calbérac est l’adaptation de sa propre pièce, montée au cours de la saison 2012/2013 au théâtre Montparnasse avec Roger Dumas dans le rôle-titre. Si l’auteur ne se chargea pas à ce moment-là de la mise en scène, il décida de s’atteler à son adaptation cinématographique. Le passage d’une œuvre du théâtre au grand écran n’est pas forcément une tâche facile. L’histoire du 7ème Art fourmille d’exemples et le cinéma français, pour ne citer que lui, est friand de l’exercice.

Ivan Calbérac n’est point un novice du cinéma. Remarqué dès son premier film en 2002, « Irène » en lice alors pour le César de la meilleure première œuvre de fiction, il a cherché, tant bien que mal, à masquer les origines de son scénario : faisant sortir, autant se faire que peut, les protagonistes du cadre étriqué de l’appartement de monsieur Henri, ajoutant par la même occasion, des personnages secondaires.

L’une des idées les plus justes du réalisateur a été, tout compte fait, de confier le rôle principal à Claude Brasseur. Ce dernier évoque ainsi son intérêt pour le scénario : « C’est une très bonne comédie et elle traite principalement d’un thème qui m’est cher : la pudeur. Un des aspects de la dramaturgie qui m’intéresse le plus. Les mots sont importants en littérature. Mais dans l’art dramatique ils servent principalement à masquer les pensées. Ce qui m’importe c’est de saisir le sentiment caché derrière le dialogue, et de l’interpréter. Le personnage d’Henri l’illustre parfaitement. »

Si le choix de Claude Brasseur est une évidence, il est tout au long de l’histoire d’une grande justesse. Et l’on croit à son personnage. Guillaume de Tonquedec, quant à lui, est égal à lui-même. La bonne surprise, c’est sans doute Frédérique Bel. A contre-emploi, elle campe une épouse psychorigide avec une conviction partagée. Le spectateur prendra plaisir devant ce jeu de massacre familial, orchestré de main de maître par monsieur Henri.

Christian Szafraniak