Les menaces invisibles

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En 2014 « It follows » a été présenté en compétition à la Semaine de la critique au festival de Cannes avant d’affronter la compétition du festival du cinéma américain de Deauville. Le film vient de remporter le Grand Prix et le prix de la Critique du festival fantastique de Gérardmer 2015. Certains assurent qu’ « It follows » est un futur grand classique du genre, d’une manière plus générale nous dirions que le second film de David Robert Mitchell joue habilement avec les codes du film de poursuite horrifique, en les renouvelant.

Le « ça » (le « It ») d’ « It follows » se transmet lors de rapports sexuels, seule possibilité de se débarrasser de la malédiction mortelle. Lorsque vous en êtes affectés vous êtes alors suivis par une force ayant pour trait un inconnu qui fonce droit sur vous, afin de vous tuer. La menace peut ainsi surgir à n’importe quel moment, de n’importe qui. « It follows » se rapproche de la philosophie de la trilogie « Ring » développée par Hideo Nakata. Quand le fantastique s’immisce dans la vie quotidienne, la peur est assurée.

La première scène du film donne le « la », une jeune fille en nuisette s’échappe de chez elle, poursuivie par une force qu’elle seule a la possibilité de voir. Nous sommes dans une zone pavillonnaire, la fille est une ado, la caméra la poursuit dans son trajet, elle démarre en trombe la voiture de son père. Le plan suivant la présentera sur une plage, morte, après avoir donné un dernier coup de fil à ses parents. Cette introduction place « It follows » sous l’influence de Jacques Tourneur (« La Féline ») ainsi que de John Carpenter (« Halloween ») – deux références assumées et revendiquées clairement par David Robert Mitchell, le réalisateur. Le reste sera à l’avenant, la peur sera suggérée, la menace, bien réelle, viendra de partout, forçant le spectateur à être attentif et à devenir paranoïaque en même temps que le personnage dont il suit le parcours avec l’issue d’un slasher.

Le spectateur s’attachera plus particulièrement au parcours de Jay qui, hanté de visions cauchemardesques suite à un rapport sexuel contaminant, voudra échapper à la malédiction. Ses doutes, ses espoirs et angoisses ne seront épargnés à personne. L’apanage de la jeunesse étant qu’elle ait des amis, ceux-ci l’aiderons dans sa quête, mais quand le destin s’acharne … Quand la mort est là il faut l’affronter, c’est ce que ferra Jay courageusement dans la dernière partie du film.

« It follows » est un film plus initiatique qu’il y parait et poursuit la thématique sur la jeunesse de David Robert Mitchell. « The myth of americain Sleepover » son premier film suivait le parcours et les peurs d’une certaine jeunesse américaine, « It follows » suit en quelque sorte cette même jeunesse, qui a grandi entre le premier et le second opus du néo maitre du fantastique, pour lui donner à vivre des situations terrifiantes. Et les regarder agir. Et par là même regarder et critiquer une Amérique puritaine et religieuse qui transmet ses peurs à ses enfants. Une Amérique en crise qui se décompose à l’image de la ville de Détroit, lieu de l’action du film. « It follows » présentera les menaces comme étant des morts vivants, un symbole pour un film abordant à la fois l’Amérique traditionnelle et celle de la crise, l’action se situant dans une période intemporelle, mais que l’on devine proche du quotidien actuel du pays de l’oncle Sam.

« It follows » est un film jouissif, un « teen movie » horrifique qui reprend à son compte les règles du genre pour les respecter, et les détourner. A travers ce film de zombies le second film de David Robert Mitchell est un film sur les peurs adolescentes et une belle métaphore de l’Amérique en crise.

François CAPPELLIEZ