Agnus Dei

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Les bonnes sœurs polonaises, violées et engrossées pendant la seconde guerre mondiale. C’est ce sujet grave et peu exploité qu’a choisi Anne Fontaine pour réaliser son 15eme long-métrage, dans une collaboration franco-polonaise. La réalisatrice de Coco avant Chanel met en scène pour la première fois un drame historique : Les innocentes.
L’histoire est simple : Pologne, 1945. Mathilde Beaulieu (Lou de Laâge), une infirmière de la Croix-Rouge est chargée de soigner les rescapés français. Elle est appelée au secours par une religieuse polonaise (Agata Buzek). Au couvent, elle découvre alors que plusieurs d’entre elles, violées par des soldats soviétiques, sont sur le point d’accoucher. Pour réaliser ce film, la réalisatrice s’est inspirée de faits peu connus qui se sont déroulé en Pologne en 1945, à savoir le viol de 25 sœurs dans un couvent puis le meurtre de 20 d’entre elles par des soldats soviétiques. Anne fontaine s’est documentée pour retranscrire la dureté, autant physique que morale, de cette tragédie. Elle s’est familiarisée avec les thèmes de la maternité et de la foi. Pour parfaire son étude, elle a notamment effectué deux retraites chez les Bénédictines.
L’actrice principale, Lou de Laâge, a, elle aussi, suivie une formation poussée pour exceller dans son rôle d’infirmière athée mais généreuse. Elle a par exemple étudié en détail le métier des sages-femmes et des chirurgiens. Oui, car si Lou de Laâge n’était déjà plus inconnue après ses rôles dans Jappeloup et Respire, c’est elle la véritable révélation de ce film. Héroïne d’un drame historique, la jeune actrice ajoute un rôle de choix à sa jeune (mais déjà belle) filmographie. Son jeu est juste et mature. Elle impressionne notamment dans la retranscription de ses émotions, notamment lors des scènes de viol ou de suicide.
Une actrice que l’on connait peu en France se démarque aussi : Agata Buzek. Le modèle polonais, très reconnue dans son pays, effectue une belle prestation, là aussi au niveau de la retranscription des émotions. L’actrice de 39 ans a été repérée par Anne Fontaine dans le film d’action Crazy Joe, sortie en 2013, dans lequel elle jouait déjà le rôle d’une none. Anecdote de tournage : pour se glisser dans la peau de Soeur Maria, l’actrice polonaise a dû s’acclimater au français raffiné et sophistiqué que parle son personnage. Pour s’entraîner, elle écoutait du Victor Hugo chaque soir de tournage. Un effort récompensé par une belle prestation à l’écran.

Une justesse rare dans la retranscription des émotions

Vincent Macaigne et Pascal Elso, les rares hommes et, encore plus rares, acteurs français de ce film, apportent un regard masculin à cette histoire. Un petit plus non négligeable dans cette trame accordant une place importante à la maternité.
Pour ce qui est du reste de la réalisation, les musiques et les paysages ne sont pas très marquants… et c’est normal, vu que les ¾ du film se passent dans le couvent. On notera tout de même une atmosphère assez froide (beaucoup de noir, gris et blanc), en lien certainement avec l’hiver et la religion, mais qui accentue la dimension tragique des situations. Seul point négatif (parce que tout n’est pas parfait), le long-métrage présente quelques longueurs. On aurait pu facilement retirer un gros quart d’heure de film. En effet, le spectateur comprend assez vite la gravité du problème quand vient à naître le premier bébé. Il était donc inutile d’étirer le film jusqu’à plus de 5 accouchements ! Le spectateur attendra le dénouement avec impatience : trop de suspense tue le suspense !
Au final, ce qui ressort de ce film est l’émotion, caractérisée par des scènes dures et parfois choquantes. Les actrices principales retranscrivent parfaitement et d’une justesse rare leurs sentiments respectifs. Lou de Laâge surprend en bien dans ce rôle d’adulte, grave et touchant. De plus, on apprécie voir de nouvelles têtes avec les actrices et figurants polonais. On a donc affaire à un film historico-dramatique qui nous en apprend davantage sur un thème peu exploité au cinéma. Tout bénef’ ! Anne Fontaine gagne donc son pari, avec cette grande première réussie dans ce genre cinématographique. Quant à Lou de Laâge, on a déjà hâte de la retrouver dans un rôle de ce calibre-ci !

 

Antoine Defives