Huit Clos

Les huit salopard

Cinéphile vorace devant l’éternel, Quentin Tarantino n’a eu de cesse d’irriguer son cinéma de cette cinéphilie encyclopédique en nous livrant parmi les joyaux de ces vingt cinq dernières années. Sans doute l’un des meilleurs scénaristes – et dialoguistes – en activité (aux côtés d’Aaron Sorkin, l’auteur de “The Social Network”), il a choisi de continuer son exploration du western (du moins en apparence)avec une œuvre théâtrale. Car c’est ce qu’est au final “Les Huit Salopards” :du théâtre filmé en 70 mm. Rien d’étonnant de la part de Tarantino qui a toujours affectionné les scènes de dialogue en espace fermé, où toute la tension est contenue dans l’échange verbal (avant l’inévitable explosion de violence).

Quelques personnages sont emprisonnés dans une pièce. Un ou plusieurs d’entre eux cachent un secret. L’un d’eux cherche à le connaître. Et ça va forcément éclater, dans tous les sens du terme.

Vendu comme un western, il n’en n’a que le décorum pour proposer tout autre chose. Et c’est ce qui peut déstabiliser de prime abord. En effet, “Les Huit Salopards” est le premier chapitre d’Inglorious Bastards -la scène de la taverne- mais étiré sur un film entier, de trois heures, qui plus est.

 

Un véritable tour de force donc, d’une densité thématique surprenante, auquel on ne peut toutefois nier quelques longueurs. Est-ce le statut de Tarantino, sa célébrité, sa solvabilité, son ego, qui empêchent ses collaborateurs de le brider un peu pour le bien de l’œuvre ? Si le film aurait gagné à être resserré pour éviter les baisses de tension, “Les Huit Salopards” demeure fascinant. Réflexion méta sur le pouvoir de la narration, remake déguisé des “dix petits nègres”, état des lieux des tensions raciales de l’Amérique d’aujourd’hui ou encore hommage appuyé à “The Thing” de John Carpenter, le dernier opus tarantinesque ne se laisse pas abordé si facilement. C’est certainement le long métrage le plus aride et le plus intriguant de son auteur.

Il nous réserve cependant de gros morceaux de plaisir comme on assiste médusé à un festival d’acteurs en état de grâce. Tous sans exception sont impériaux. Les longs échanges dialogués sont savoureux à souhait même si parfois un poil trop long et l’ennui ne se manifeste que très rarement. Un exploit pour une histoire de trois heures tourné dans une seule pièce.

Faux western, véritable proposition de cinéma, “Les Huit Salopards” est l’œuvre d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens et qui le sachant s’amuse à être là où on ne l’attendait pas forcément.

Fouad Boudar