Les règles du jeu

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Nul doute que ce premier long métrage de Louis Garrel devrait être une des révélations de cette fin d’année cinématographique.  Il fut déjà remarqué au Festival de Cannes 2015 dans le cadre de la semaine de la critique.

Sans titre

Le casting est né du désir de la productrice française. On retrouve ainsi avec plaisir le trio de “La Règle de Trois” (2012). Avec cette “commande” en poche, Louis Garrel va écrire un premier scénario qui trouve son inspiration dans “Les Caprices de Marianne” d’Alfred de Musset écrit en 1833 et livrer une version assez dramatique.  Son co-scénariste Christophe Honoré l’incite à instiller un peu de légèreté, qui puisera sa source dans les Cartoons ou encore dans les comédies françaises des années 1980 comme “Marche à l’ombre” de Michel Blanc ou encore “Rendez vous” d’André Téchiné.

Au final, le film est un mélange de genres : un ton léger et profond avec des personnages “désaxés” – souvenez-vous du film de John Huston en 1961 – mais des perdants magnifiques dans cette reconstitution de Mai 68.

Le film est plein de surprises, avec des séquences improbables comme le premier plan qui s’attarde sur des femmes prenant une douche, sans que l’on devine pourquoi. De même avec le plan où Clément apparaît et regarde Mona, ce qui  entraîne toute une série de quiproquos. Mais pas d’inquiétude pour autant, tout s’explique … mais le spectateur devra s’armer de patience.

Le film est de plus d’une grande liberté. Au niveau de la forme avec un mélange de genres et un tournage en 35 mm pour “une intensité plus grande sur le plateau”. Mais aussi dans son contenu en s’attaquant aux errances en amour et en amitié de ce triangle Clément, Abel et Mona.

Le film est enfin servi par un trio d’acteurs exceptionnel : Louis Garrel bien évidemment ; Vincent Macaigne, peu connu du grand public, au jeu entre Jean-Pierre Léaud et Patrick Dewaere dans “Tonnerre” de Guillaume Brac en 2013 notamment ; et la magnifique Golshifteh Farahani, actrice iranienne révélée dans “A propos d’Elly” de Asghar Farhadi sorti en 2009.

Louis Garrel trace avec “Les Deux amis” sa propre voie dans le cinéma français, entre un cinéma d’auteur – un cinéma hérité de la Nouvelle Vague – et un cinéma plus grand public. Un peu dans l’esprit de Jean Renoir qui ne craignait pas de prendre des acteurs populaires  tel Jean Gabin et de les placer dans des films personnels et originaux.

 

Christian Szafraniak