Quand le western se mêle au terrorisme

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Drapeaux américains, bottes santiags, traditionnels chapeaux, musique country, paysages immenses, chevaux et longues traversées, autant de codes du western que Thomas Bigedain, le réalisateur, implante dans le décor des “Cowboys”. A ces éléments matériels, il ajoute, le pouvoir et la lutte contre un ennemi. Plus exactement, la lutte contre une ennemie : l’idéologie. Thomas Bigedain entreprend le terrorisme comme le far-west du 21e s.

« C’est ma vie maintenant ». Au cours d’une fête locale, l’aîné d’une famille s’évapore.  La famille de Kelly reçoit une lettre. La jeune femme de seize ans explique qu’elle est partie et qu’elle ne veut pas qu’on la retrouve.  Le seul prénom du personnage est une référence aux origines américaines du genre. La disparition de Kelly introduit le jeu du chat et de la souris, fréquent dans les westerns, ou adaptations du genre. Ainsi, sa disparition n’est pas surprenante en soit mais la cause, elle, est plus moderne. Kelly  a choisi de partir pour suivre son petit ami Ahmed. Elle se serait « radicalisée » comme on le dit si souvent aujourd’hui. Son père découvre qu’elle apprenait l’arabe et qu’elle lisait de la propagande religieuse.  Le raccourci du petit ami musulman arabe est un peu facile. Le stéréotype aurait pu être évité dans cette fiction de la « radicalisation ».D’autant que cette vision  restreint la possibilité d’une réflexion pour la femme. La domination masculine est présente, autre code emprunté au western. Ce paradoxe présente néanmoins un avantage , souligner que les femmes ne sont toujours pas égales aux hommes dans la société. La violence et le pouvoir sont également incarnés par le terrorisme face auxquels Kid, le frère de Kelly interprétée par Finnegan Oldfield, est témoin : 2001 ou les attentats de New York, 2004 et les attentats de Madrid, 2005 et les attentats de Londres.

Aux abords de la violence, l’amour. Aimer jusqu’à la folie. L’amour  entre deux êtres qui adhèrent à une idéologie religieuse et décident de partir de  leur pays. Ce sentiment est représenté par Kelly et Ahmed. L’amour familial, incarné par le père , Alain,(François Damiens)  qui recherche sa fille  jusqu’à un fatal accident de voiture . Puis le frère,Kid, dont l’enfance a été baladé dans chaque recoin où sa sœur pouvait être. Après la mort  d’Alain, Kid continue d’interroger toute personne susceptible d’avoir vu ou connu sa sœur. Le fils ne meurt pas , lui, il tue Ahmed lorsqu’il le retrouve. Autre amour insensé  celui entre Kid  et Shazhana, la veuve  d’Ahmed présente lors du meurtre. Cet amour nait de la culpabilité de Kid. Soupçonnée d’être la complice de ce dernier, Shazhana est emprisonnée dans la cellule voisine. Pour  éviter la mort, elle doit quitter le Pakistan, son pays natal. Départ pour la France où elle est accueillie par Nicole (Agathe Dronne), la mère de Kelly et de Kid.  La quête familiale s’achève en Belgique où Kelly est localisée. Kid s’y rend, Kelly le reconnait. Au moment final, pas de discussion entre Kid et Kelly, du silence, des regards et des demi-sourires que l’on  pourrait interpréter ainsi : tu es en vie, je le suis aussi, tant mieux. La violence s’est éteinte.  Se comprendre sans  avoir à parler, c’est aussi ça la fraternité selon le réalisateur.

Thomas Bigelain  décrit une société envahie par la violence. Il invite le spectateur à  effectuer le combat inverse, à envahir cet espace pour en prendre possession et le faire sien. La violence irait de pair avec  un espace masculinisé où les femmes sont soumises au pouvoir de l’homme. Le Far-West du XXIe se trouve non pas dans un espace géographique défini mais dans  un monde dominé par le terrorisme et les groupes qui le structurent . Tel le père et le fils, nous devons agir. Nous devons leur ressembler pour combattre le terrorisme, c’est la vision que propose “Les Cowboys”.

Maud Charlet