L’enfant et les légionnaires

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Qui est donc ce « Grand Homme » qu’annonce le titre du film ? Sans doute à tour de rôle, voire de manière concomitante, chacun des trois héros (Hamilton, Markov et Khadji), même si le premier cité semble être la colonne vertébrale du trio.

Hamilton, c’est de façon métaphorique la réincarnation de Gilgamesh, roi d’Uruk, qui ne prendra conscience de sa propre mort que suite au décès de son ami Enkidu. Si nous filons la métaphore, Enkidu, c’est alors Markov. Pas d’extrapolation hâtive : le mythe sumérien est l’une des principales inspirations revendiquées par Sarah Leonor. Dans le même temps, elle se permet d’aborder avec délicatesse les thèmes de l’amitié, de la transmission et de la paternité. Avec ce premier long métrage, la cinéaste parvient à se glisser dans les fêlures et les fragilités de ses personnages, en particulier celles d’Hamilton magistralement interprété par Jérémie Renier. Il faut bien l’admettre « Le Grand Homme » est littéralement porté par le comédien belge. Hamilton est un être surentrainé à réagir sur les fronts de guerre, mais qui s’écroulera lorsqu’il perdra son binôme. A travers sa composition « Cloclo » Renier poursuit une carrière sans réel faux pas. L’acteur a été séduit par ce personnage et a travaillé en amont sur le trajet et les non-dits que celui-ci recèle. Le résultat à l’écran est un homme presque mutique, qui va à l’essentiel, et qui sera confronté à son destin. Un être humain imparfait, tout compte fait et qui devra évoluer, pour enfin se trouver. A ses côtés, Surho Sugaipov et Ramzan Idiev, Markov et son fils Khadji à l’écran, sont quant à eux des comédiens non-professionnels d’origine tchétchène. Ils seront mis en lumière à tour de rôle. Le scénario étant construit sous forme de trIptyque, chaque partie faisant d’un des membres du trio l’élément moteur de l’histoire. D’origine littéraire, ce découpage est ici exploité d’une manière cinématographique et fait avancer le propos de la réalisatrice d’une manière fort judicieuse. Ces chapitres permettent d’aborder les thématiques qui lui tiennent à cœur (l’intégration, l’engagement, la jeunesse …), voire de les exposer comme un état des lieux. « Le Grand Homme » est une belle histoire qui peut s’aborder comme un conte, la voix off du jeune Khadji qui ponctue le déroulé des évènements contribuant à installer cette atmosphère décalée. Une maîtrise moins aboutie du propos aurait pu rendre le tout larmoyant et démonstratif, ce n’est heureusement pas le cas. La maturité précoce de cette jeune réalisatrice pétrie de talent permet de faire du « Grand Homme » une des bonnes surprises des sorties estivales.

FRANCOIS CAPPELLIEZ