« Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde. »

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L’affaire SK1 est donc le premier long métrage pour le cinéma de Frédéric Tellier, mais ce dernier n’a pas un casier vide. Bien au contraire, il a commis quelques courts métrages dans les années 90 avant de s’attaquer à l’écriture télévisuelle, en signant plusieurs séries dont une, assez remarquée « Les hommes de l’ombre » dont il est le co-auteur avec Dan Franck. Cette série s’intéresse au monde politique, tout particulièrement celui de la présidence de la république, du gouvernement et de ceux qui les entourent : les conseillers. Le tournage de la première saison a permis à Frédéric Tellier de travailler avec Nathalie Baye à qui il a confié le rôle d’une avocate dans « L’affaire SK1 ».

SK1 étant l’acronyme de serial killer 1. Ainsi fut dénommé Guy Georges, le « tueur de l’Est parisien » dans les années 90. L’affaire démarre en 1991 avec l’arrivée de Franck Magne, jeune inspecteur nouvellement promu à la Police Judiciaire, le « fameux » 36 quai des Orfèvres. .A son arrivée, on lui confie les affaires en cours non élucidées sur lesquels il pourrait apporter un regard neuf. Son premier dossier va l’amener à s’intéresser à l’assassinat d’une jeune fille et à mettre en parallèle d’autres affaires plutôt similaires, qu’il est le seul à relier.Son enquête et sa quête dureront huit années, durant lesquelles il s’obstinera à le traquer, en dépit des difficultés qu’il rencontre : manque de moyens, scepticisme des collègues,… Au cours de cette période les meurtres vont se multiplier et se rapprocher. Franck Magne finira par l’attraper. Son enquête fut l’une des complexes que la police judiciaire française eut à résoudre. Son enquête lui permettra de rencontrer diverses personnalités : juges, policiers, membres de la police scientifique ainsi qu’une avocate passionnée, Frédérique Pons, déterminée à comprendre la personnalité de Guy Georges.

Mais Frédéric Tellier ne choisit de raconter cette histoire de manière linéaire, chronologique, mais plutôt en procédant à des aller-retour entre le passé (l’enquête et son évolution) et le présent (le procès). Ainsi ce sont des blocs qui s’agencent les uns aux autres, une sorte de puzzle, comme devait l’être la véritable enquête, au cours de laquelle Franck Magne a du rassembler toutes les pièces méticuleusement, pas à pas avant d’arriver à la découverte de l’auteur, puis son arrestation.

Autre intérêt du film, le réalisateur tenait à tourner le plus possible dans les lieux-mêmes où les actions se sont produites, en ne reconstruisant en studio le strict nécessaire : ainsi la les toitures sur lesquels ils se retrouvent sont juste à côté de celles du 36, le tribunal est un véritable tribunal, celui dans lequel se tint le procès de Guy Georges, pour lequel le réalisateur et son producteur obtinrent in extremis une autorisation de tournage. Dès l’ouverture, par son exergue, le metteur en scène nous met en présence du mal. Le film s’attachera à débusquer la part de mal existant dans notre société, mais également, en nous. De par sa construction, le film va davantage s’intéresser au pourquoi ainsi qu’au comment de ces crimes. De par sa mise en scène, précise, minutieuse, le film est à l’opposé des films policiers français actuels, plus proches du thriller, de l’action alors qu’ici on misera sur la sobriété, la précision de la reconstitution d’une époque sans portable, sans ordinateur,…

Frédéric Tellier a su choisir les acteurs pour composer cette solide équipe de la police judiciaire (Personnaz, Gourmet, Vuillermoz, etc…), entourés de Nathalie Baye, égale à elle-même, dans le rôle de l’avocate et surtout Adema Niane, dans le rôle de Guy Georges, acteur pas suffisamment employé par le cinéma et qui mériterait que l’on retrouve plus souvent au générique des films français.

Le film, par sa facture, se rapproche de « Zodiac », le film de David Fincher, qui évoque également la traque d’un tueur, mais en moins sombre, moins labyrinthique et plus humain.

Christian Szafraniak