Le salut est-il au bout du colt ?

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Non le western n’est pas mort. Car il vit encore. Même s’il n’est plus un genre auxquels les grands studios hollywoodiens s’intéressent. Il vit encore grâce à des productions indépendantes ou européennes. « The Salvation » en est la démonstration, film danois tourné en Afrique-du-Sud et évoquant l’Ouest américain. Mais par le biais de l’immigration. Ce fut le cas récemment pour un autre film, allemand cette fois : « Gold » de Thomas Arslan (2013) avec la grande comédienne allemande, Nina Hoss, film qui évoquait le trajet d’une immigrée allemande à travers le grand Nord à l’époque de la ruée vers l’or.

Cette fois, le cinéaste danois Kristian Levring s’appuie sur l’arrivée, dans les années 1870, de la compagne et du fils d’un immigré danois, Jon, qui s’était installé en premier en Amérique, afin de préparer le terrain. Mais à peine arrivés sur le sol américain, sa femme et son fils sont victimes d’une sauvage agression. Pensant quitter la région pour s’établir ailleurs, il est trahi par les autres habitants, qui sont sous le joug d’un homme sans loi, Delarue, dont le frère a été abattu par Jon. Il devient donc un fugitif, en conservant la volonté de venger sa femme et son fils.
Le réalisateur Kristian Levring, moins connu que son compatriote Lars von Trier a déjà une certaine expérience en matière de cinéma, il est un des fondateurs de Dogma en 1995, avec Lars von Trier et Thomas Vinterberg. Son premier film s’inscrit dans les principes de Dogma « The King is dead » en 2000, mais il ne connut pas de distribution en salles en France, ainsi que les suivants. Ainsi, « The Salvation » est le premier film de ce cinéaste à connaître une exploitation normale.

L’objectif de Kristian Levring n’était pas de réaliser un film dans la lignée de « Django unchained » de Tarantino. Il souhaitait réaliser un western classique, en retrouvant la tradition du western, ayant en tête les films de John Ford, teinté d’un hommage à Sergio Leone, une tradition plus ironique et plus européenne.

C’est également du côté de Clint Eastwood que l’on peut trouver une filiation : la vengeance, le justicier solitaire, sont des thèmes chers à ce cinéaste, passé par les westerns réalisés par Sergio Leone dans les années soixante et grand admirateur de John Ford.

Certes, la vengeance est le moteur, le motif principal du film. Mais le scénario ne s’arrête pas à ce thème. Autour de Delarue, d’autres personnages gravitent : un français (corse), une femme victime des indiens (sa langue fut coupée et n’est plus en mesure de parler), interprétée par Eva Green, personnage étrange, permettant également d’éviter le simple manichéisme : d’un côté les méchants, de l’autre le « bon » justicier. De même au sein de la communauté de cette petite ville de l’ouest, tous ne sont corrompus par Delarue. D’autre part, certains plans sont composés de manière à faire apparaître un autre élément, de grandes flaques noires sont placés en amorce. Et le plan final, par un travelling arrière, viendra compléter ces éléments en montrant que Delarue s’intéressait à autre chose, source également de profits et nécessaire au développement de l’Amérique en cette période de son histoire.

Levring ne cherche pas ni à révolutionner le genre, ni à composer un chef d’oeuvre. Il nous livre un film classiquement mis en scène, avec des cadrages quasi fordiens (plan à travers les portes, évoquant sans doute possible « La prisonnière du désert »), avec un règlement de compte final bien composé, sans excès ni sauvagerie. Et enfin Mads Mikkelsen prouve qu’il est capable de jouer les justiciers de western, à l’instar de Clint Eastwood.

Christian Szafraniak