Le retour du Keanu

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Un ancien tueur à gage, qui a raccroché depuis quelques années, se voit contraint de reprendre du service pour venger la mort de son chien, assassiné par la mafia russe. Dit comme ça, on a plutôt envie de rire devant ce qui semble être une parodie d’un genre très populaire dernièrement : le vigilant movie.

Si en plus de ça on rajoute le fait que le rôle principal sera tenu par Keanu Reeves, dont la carrière plus qu’inégale semble au point mort depuis Matrix (Le jour où la terre s’arrêta et 47 Ronins sont étonnants de médiocrité) et qu’il sera dirigé par deux anciens cascadeurs dont c’est le premier film en tant que réalisateurs, on peut d’ores et déjà faire une croix sur un quelconque espoir d’avenir pour ce projet qui part plutôt mal.

C’est d’autant plus risqué que le cinéma a déjà quasiment fait tout le tour de ce genre extrêmement codifié avec parfois de belles réussites (« Death Sentence », « Man on Fire »…) mais surtout de belles débâcles (« Le Transporteur », « Taken »…). Ceci n’empêche visiblement pas les producteurs de nous en remettre une couche puisque « The Equalizer » avec Denzel Washington est sorti il y a peu sur nos écrans, tandis qu’un certain « Taken 3 » sortira en Janvier 2015…

Mais alors, me direz-vous, pourquoi s’acharner à parler d’un film qui semble aussi bête et méchant que ses prédécesseurs, et dont on connaît les ressorts absolument par cœur ? Et bien tout simplement parce qu’il est l’un des meilleurs films d’action que les Américains aient pu nous offrir ces dernières années, rien de moins.

Pour commencer, le film joue habilement avec les archétypes du genre pour mieux brouiller les pistes. Dès le début, le scénario semble déjà-vu et caricatural, mais se révèle être bien plus riche qu’il n’y paraît. Sans pour autant être un film d’auteur, les personnages sont plutôt bien écrits et ne manquent ni de charisme, ni de profondeur.

Les enjeux émotionnels ne sont pourtant pas d’une grande importance, puisqu’on assiste une énième fois à une histoire de vengeance bien sanglante sur fond de trahisons et de règlements de comptes. Mais la grosse différence avec les autres productions actuelles du même acabit, c’est que cette intrigue ultra-classique est reléguée au second plan et ne sert que de prétexte pour nous inviter à découvrir quelque chose de bien plus original.

Les auteurs ont en effet crée toute une mythologie autour de leur histoire qui nous permet de découvrir les coulisses du milieu du crime organisé. Les tueurs à gages sont méthodiques et ont leurs propres codes, leur propre langage et même leur propre monnaie. Et là où la plupart des films se seraient contentés d’en faire un usage anecdotique, John Wick utilise ces éléments comme le cœur même du film. Le résultat est donc des plus réjouissants puisqu’on s’amuse à redécouvrir un milieu que nous pensions connaître par cœur.

De plus, les réalisateurs ont apporté un soin tout particulier à embellir un script de qualité via leur mise en scène. Le film est très bien cadré, les éclairages sont élégants et le rendu global est des plus classieux, ce qui est loin d’être le cas de la plupart des films d’action. Là ou « Taken » ou « Le Transporteur » souffraient justement d’une mise en scène plate et sans relief, ce qui finissait d’achever leur script déjà fort bancal, « John Wick » se retrouve doté d’un fort bel écrin pour appuyer son script malin et original.

Tout ceci étant dit, il ne reste plus au film qu’à nous donner ce que nous sommes venus voir : de l’action. Et sur ce point, le film est plus que généreux.

La première chose qui saute aux yeux, c’est la fluidité des combats et des gunfights. Là où ses aînés souffrent presque tous d’un problème récurrent de « shaky cam » (cette vilaine habitude qu’ont pris les réalisateurs de filmer caméra à l’épaule et de bouger dans tous les sens pour donner une impression de dynamisme, mais qui au final rend les scènes illisibles), John Wick utilise de nombreux plans séquences sur steadycam, ce qui offre un rendu fluide et agréable pour ne pas manquer une seule miette des superbes chorégraphies.

La gestion de l’espace, des décors et même des acteurs, tout a été méticuleusement pensé pour nous offrir des combats et des fusillades d’une rare intensité, rappelant sans mal la virtuosité des films de John Woo (« The Killer », « A toute épreuve »…), ou dernièrement les petites pépites que sont The Raid et sa suite.

Pour rester dans la lignée de ces derniers, le film n’est pas avare en violence et se révèle même assez graphique par moment. C’est un point plutôt appréciable dans la mesure où le cinéma Américain formate de plus en plus ses films pour leur permettre d’être vus du plus grand nombre (« Expendables 3 » souffre justement beaucoup de son PG-13.).

De ces combats nerveux découlent un dernier point, mais pas des moindres : Keanu Reeves est bel et bien un acteur talentueux. En plus de réaliser ses combats lui-même, l’acteur apporte beaucoup de personnalité à son rôle et nous offre même quelques beaux moments d’émotions. L’acteur lisse et inexpressif si vivement critiqué a ici (presque) complètement disparu pour laisser place à cet anti-héros torturé et charismatique.

Ajoutez à cela quelques petites notes d’humour qui font souvent mouche et des seconds rôles variés et réjouissants, et vous obtenez le cocktail parfait d’un pur divertissement de qualité qui nous en donne pour notre argent.

Mais le film n’est pas non plus exempt de tout défaut.  On pourrait ainsi chipoter en disant que, passé l’effet de surprise, le film devient un peu répétitif sur la fin. On peut également noter que certains acteurs sont assez sous-exploités (les excellents Ian McShane et John Leguizamo) là ou inversement, Michael Nyqvist (« Millénium », « Mission Impossible 4″…), le  « bad guy » de service, semble en totale roue libre.

Mais rassurez-vous, rien qui ne vienne gâcher l’expérience globale.  Car après un « Expendables 3 » terne et formaté, un « Sabotage » mou et bâclé, et un « The Equalizer » plein de bonnes intentions mais sans surprise, « John Wick » s’impose aisément comme le film d’action le plus jouissif et  rafraîchissant que les États Unis nous aient offert en 2014.  Qu’un projet aussi bancal sur le papier donne un résultat aussi saisissant à l’écran redonne espoir quant à l’avenir du cinéma d’action.

Steve THORE