Le Dernier Rempart

Pont-BandeauSon nom sonne comme une promesse d’émerveillement et est devenu, à lui tout seul,  synonyme de cinéma. Grand créateur de formes, il ne cesse de se réinventer après plus de cinquante ans de carrière. Elaborant, un film après l’autre,  une œuvre déjà colossale embrassant tous les genres, c’est le Patron du cinéma mondial. Steven Spielberg. Grand entertainer au début de sa carrière avec des films comme “E.T.” et les “Indiana Jones” le cinéaste s’est mué en sondeur de l’âme humaine avec des films dit « plus sérieux » où il n’a eu de cesse de clamer sa foi en l’Homme en le confrontant à l’Histoire. “La Liste de Schindler”, “Il faut sauver le soldat Ryan”, “Munich” et “Lincoln” en sont des exemples emblématiques.

Son dernier opus, “Le Pont des Espions”, est dans la lignée de ses films sur des destins individuels hors norme se débattant dans un contexte historique sombre et menaçant. Contrairement à ce que peut laisser entendre son titre, il s’agit moins d’un film d’espionnage que d’un conte moral sur la force des principes moraux qui nous guident et notre capacité à les maintenir coûte que coûte, à « rester debout ».

Ce thème essentiel, Spielberg a choisi de l’illustrer par l’histoire vraie hallucinante de James Donovan (interprété par Tom Hanks), un homme ordinaire qui décide de suivre ses principes jusqu’au bout, en défendant un ennemi de son pays. Dans la veine des grands films humanistes de Franck Capra, “Le Pont des Espions” exalte une naïveté et un espoir bienvenus. Confronté à un univers qu’il ne maîtrise pas, celui de la diplomatie, du mensonge et de la manipulation, James Donovan oppose sa droiture et son sens du devoir. Face à la bureaucratie et à l’appareil d’Etat, il choisit d’écouter son cœur. « Chaque homme compte » nous dit-il. Il est tentant de rapprocher le film du contexte actuel de nouvelle guerre froide. Au-delà de l’époque traitée, le film véhicule surtout un message universel : la paix ne peut que passer par le dialogue, que par une conversation, une main tendue. Message renforcé par le motif récurrent du pont qui apparaît régulièrement dans le film.

Il est d’ailleurs fascinant de constater à quel point Spielberg prends de plus en plus de plaisir à ne filmer que des personnages en train de se parler. Aidées en cela par un scénario en or des frères Coen, les scènes de dialogue sont tellement passionnantes à suivre que l’on souhaiterait qu’elles durent davantage. Tom Hanks est impérial dans le rôle de James Donovan et confirme une fois de plus qu’il est géant. L’alchimie avec Mark Rylance est parfaite. Le reste du casting, qui mélange des acteurs diversement célèbres mais toujours justes, est solide comme toujours dans les films du maître.

La mise en scène en état de grâce de Spielberg fait des merveilles ; alignant les tours de force dont lui seul a le secret comme ces vingt premières minutes dénuées de dialogues et pourtant tout à fait compréhensibles. Fluide, signifiante et d’une lisibilité incroyable qui épouse quasiment le mouvement de l’œil humain, la réalisation du film est une leçon.

Au milieu du chaos et des ténèbres la seule boussole valable est celle de son âme, de ses tripes. Apprenons à la suivre.

Fouad Boudar