Le petit rouge est en danger.

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L’histoire de ces « Brèves de comptoir » écrites par Jean-Marie Gourio dans un premier temps dans le magazine Hara-Kiri est loin d’être … brève. La première publication remonte maintenant en 1988, puis chaque année Gourio livrera ses Brèves jusqu’en 2000 avant de connaître une plus vaste exposition en passant aux Editions Robert Laffont.

L’idée de les adapter arrive très vite : c’est déjà Jean-Michel Ribes qui s’y colle dès 1989 en les introduisant au sein de sa série télévisuelle « Palace » et en les confiant à l’acteur qui convenait à merveille pour ce type de textes, Jean Carmet.

Après la télévision, c’est au théâtre que « Les Brèves… » vont connaître une nouvelle vie. Gourio et Jean-Michel Ribes s’attaquent à leur adaptation et c’est au Théâtre Tristan Bernard qu’elles verront le jour en 1994, elles y seront jouées 350 fois. En 2000, nouvelle adaptation cette fois au Théâtre Fontaine pour 300 fois.

« Les brèves… » ont bénéficié d’un certain nombre de prix : Grand Prix de l’humour noir, le Prix de l’Académie Française du jeune théâtre en 2000, etc…c’est dire la place que tiennent ces « brèves » dans l’inconscient de la société française.
Restait donc encore le cinéma. C’est une nouvelle fois le tandem Gourio et Ribes qui vont s’attaquer à l’adaptation de ces « Brèves », et Ribes signera la mise en scène. Restait à lui trouver un fil conducteur, car si ces « Brèves » se lisent, se disent, se déclament. Cela ne suffit pas au cinéma. Ainsi le duo imagine une forme très classique : unité de temps et de lieu : un café, l’action concentrée sur une journée de l’aube à minuit. Le lieu s’imposait. Quant à cette unité de temps, a t elle une évidence ? Au théâtre également, des propositions différentes ont vu le jour : les saisons ont été utilisées. Le fait de concentrer sur une journée n’est pas sans intérêt : cela permet de suggérer l’idée de répétition, chaque jour renouvellera la journée précédente, mais en même temps, elle ne sera pas tout à fait même.

L’autre idée intéressante du film a été de confier les différents rôles à plus de soixante dix comédiens, traités presque tous sur le même plan, à l’exception des gérants du bistrot et de quelques habitués. Ainsi de très nombreux comédiens font une courte apparition dans le film. C’est dire la performance des auteurs d’avoir pu ressembler autant de noms du cinéma et du théâtre français, mais également de l’intérêt que portent ces comédiens aux mots de Gourio. A propos de ces mots, nombreux ont été les articles montrant l’importance de cette pêche miraculeuse réalisée par Gourio. Il n’est pas nécessaire de s’y étendre. Mais d’apprécier ici le plaisir que prennent tous ces comédiens à les dire.

Ce qui se démarque dans la version cinématographique, c’est la nostalgie qui se dégage ici. La nostalgie est renforcée par les séquences introductive et conclusive du film, qui ne figurent bien évidemment que dans cette adaptation. Le film s’ouvre et se ferme sur un cimetière placée face au bistrot, les deux lieux sont reliés par un même mouvement de caméra. Que faut il y voir dans ces deux séquences, l’hommage rendu à certains disparus, amis, tel Jean Carmet, à ceux qui sont partis pour avoir trop fréquentés ces lieux ou plus prosaïquement sur la disparition progressive (et inéluctable?) de ces lieux, comme le rappelle sans cesse le réalisateur, près de 400000 il y a un siècle, dix fois maintenant en ce début de 21ème siècle.

En ces lieux, on pouvait trouver en 1900 les discussions ordinaires, la lecture du journal, les conférences, les débats publics et réunions de sociétés locales, c’est ainsi tout un monde perdu d’échanges et d’apprentissages qui se tenaient et s’entretenaient entre le comptoir et l’arrière-salle…Ainsi ce film est un vrai film politique, le film de la société française de cette fin de vingtième siècle et début de vingt et unième.

Et c’est peut être également un hommage aux débuts du cinéma : ne l’oublions pas, la première projection publique se tint un certain 28 décembre 1895 au Grand Café de l’hôtel Scribe, 14 boulevard des Capucines à Paris, présentée non par les inventeurs (les frères Lumière) mais par leur père Antoine Lumière ainsi que celles qui suivirent par la suite.

Christian Szafraniak