Le mariage à l'italienne, un film de Vittorio De Sica

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Sophia et Marcello ont tourné ensemble douze films, ce qui les place en deuxième position parmi les coupes célèbres du cinéma, ils sont devancés de deux films par Mirna Loy et William Powell. La plupart des autres couples de l’écran sont pour la plupart américains : Fred Astaire et Ginger Rogers qui ont dix à leur actif, Spencer Tracy et Katherine Hepburn, neuf.

C’est le cinéaste américain italien qui eut le premier l’idée de les réunion pour le film « Peccato che sia una canaglia » (Dommage que tu sois une canaille,1954), adapté de la nouvelle d’Alberto Moravia « Il fanatico ».

« Mariage à l’italienne » est l’adaptation d’une pièce de théâtre écrite en 1946 par Eduardo de Filippo « Filumena Marturano » pour sa soeur Titina. Cette pièce évoque l’histoire d’un riche séducteur napolitain, Domenico Soriano qui rencontre un jour une prostituée, Filumena Marturano, il la retire du trottoir et l’invite à partager sa vie. Mais Filumena se trouve vite réduite au rôle de bonne pour la mère de Domenico. Un jour, malade et sur le point de mourir, Filumena demande à Domenico de l’épouser en urgence. Y voyant une bonne occasion de soulager sa conscience, Domenico accepte le mariage, au chevet de Filumena. Cependant, une fois le mariage prononcé, la mariée se lève subitement de son lit, révélant ainsi son stratagème…

Eduardo de Filippo réalise la première version cinématographique en 1951, toujours avec sa soeur dans le rôle titre. Cette dernière avait 48 ans lors du tournage. Sophia Loren en avait 30 lors du tournage de la version de De Sica. L’acteur masculin, Domenico Sariano en avait 46 en 1951, alors que Marcello Mastroianni en a 40. De Sica décide de le vieillir, lui ajoute du ventre et même un peu de bosse. Le tournage se déroula sous l’oeil du mari de Sophia Loren, le producteur Carlo Ponti, qui exigea des scènes érotiques et une happy end au film.

Le tout forme un étrange mélange : un couple d’acteurs-vedettes, une comédie en dialecte napolitain, un soupçon d’érotisme, la mise en scène de Vittorio De Sica, ainsi que l’évocation d’un succès de la comédie italienne, également joué par Marcello Mastroianni « Divorce à l’italienne (Divorzio all’italiana) réalisé en 1961 par Pietro Germi.

Le titre en est changé également, il devient « Matrimonio all’italiana » (Mariage à l’italienne). La pièce tout comme la première version cinématographique mettait l’accent sur le personnage féminin. Pour cette version, dans laquelle deux grands acteurs italiens partageaient la vedette, un titre plus « égalitaire » s’imposait.

Le film réalisé par Vittorio de Sica ne s’inscrit pas tout à fait dans le genre de la comédie à l’italienne, bien que le titre du film laisse suggérer l’intégration du sujet (le mariage) dans un pays (l’Italie). Le traitement, la mise en scène de De Sica tire plutôt le film vers un autre genre, celui des comédies américaines, mais celles qui s’inscrivent dans la « comédie de remariage », selon l’expression inventée par Stanley Cavell, à propos de films de réalisés par George Cukor ou Howard Hawks : un coupe déjà marié, se sépare, pour en définitive mieux se reconstruire, lors d’un second mariage.

Alberto Moravia, qui en dehors de la rédaction de romans, fut également critique de cinéma, résume parfaitement l’esprit de ce film : « Vittorio De Sica a très bien compris où était la puissance de cette comédie : non pas dans la psychologie ou l’intrigue mais dans le substrat archaïque napolitain dont Filumena est la monumentale, rude et redoutable personnification. Sophia Loren, puisant dans sa nature originale, a su vivre le rôle de Filumena, c’est-à-dire intérioriser sa conception particulière de la vie, à la fois païenne et italique. »

50 ans après sa sortie, « Mariage à l’italienne » a été restaurée par la Cineteca di Bologna, la Fondation Technicolor pour le Cinéma et MEMORY Cinéma, en collaboration avec Surf Film qui détient les droits producteur. La première de la version restaurée numériquemen,t en 6 K, a eu lieu en mai 2014 au festival de Cannes, en présence de Sophia Loren, qui accorda également une master class.

Et c’est dans cette version que ce film ressort maintenant en salle. Ainsi nous avons le plaisir de voir (ou de revoir) ce classique du cinéma italien, réalisé par l’un de ses meilleurs représentants, dont les plus beaux films ont été réalisés dans les années quarante et cinquante, avec quelques réussites dans la seconde partie de sa carrière, qu’il a qualifié lui-même de plus commerciale. Mariage à l’italienne en fait partie.

Christian Szafraniak