Le Choc

Chronique d’un film attendu

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Fort d’avoir créé l’événement au dernier festival de Cannes où il obtint le prix du jury (partageant son prix avec « Adieu au langage » de Jean-Luc Godard) « Mommy » est l’un des films les plus attendus de l’année – à juste titre tant ce film est déroutant, emballant, en un mot, jubilatoire.

Une expérience totale. « Mommy » est une expérience visuelle, il demande à son spectateur de supporter le format 1:1 de son image (le format carré initial du cinéma muet, le format propres également aux pochettes d’albums) qui le force à se focaliser sur ses personnages et à ressentir le climat oppressant de son histoire. Suivre le parcours de Steve, hyperactif et violent, et ses relations avec sa mère Diane (dite «Die») est éprouvant. Leurs relations avec Kyla, la voisine, finira par apaiser la situation jusqu’à atteindre un équilibre, cependant le couple sera rattrapé par le passé de Steve. Le film de Xavier Dolan est également une expérience auditive avec une bande son et une bande originale qui font sens, le réalisateur rendant même un hommage appuyé à Céline Dion, le « trésor national » Québécois. Avec « Mommy » le réalisateur de « Tom à la ferme » (2014) voulait un film narratif et parlant au cœur, pari gagné.

Trio magique. Le chiffre trois caractérise le trio d’acteurs mis en scène par Xavier Dolan, chacun ayant trois expériences avec le réalisateur. Anne Dorval (à l’affiche de « J’ai tué ma mère » (2009) et des « Amours imaginaires » (2010)), est l’interprète du rôle-titre, elle sera tour à tour mère insouciante, mère « courage » et mère indigne. Suzanne Clément (« J’ai tué ma mère », « Lawrence Anyways » (2011)) est Kyla, la voisine affectée d’un trouble du langage suite à un choc (selon toute vraisemblance, la perte d’un enfant) et Antoine-Olivier Pilon est Steve, le fils hyperactif, violent et capricieux de Diane (Anne Dorval). Ce dernier était à l’affiche de « Lawrence Anyways » avant que Xavier Dolan le retrouve pour le clip « College boy » d’Indochine en 2013, un clip tourné au format 1:1.

Thématique. « Mommy » creuse principalement les thématiques des relations mère/fils et des relations éphémères, thèmes chers à Xavier Dolan dont il dit volontiers qu’il n’aura jamais fin de les exploiter. L’état de la réflexion du réalisateur sur la famille, réelle ou que l’on se construit, dans « Mommy », est sans illusion, le cadre en 1:1 s’élargira par deux fois au format scope pour établir une courte respiration dans le film pour revenir rapidement à son format initial, oppressant, sans espoir, même dans le plan final. Xavier Dolan ne laisse aucun choix a ses spectateurs, ni à ses personnages. Avec « Mommy », le réalisateur Québécois aborde également le thème de la survie avec les décisions affectant chacun de ses personnages à la fin de son long métrage. « Mommy » est un film pessimiste par rapport à la société dans laquelle il fait évoluer son histoire, pas par rapport à ses personnages. Ces derniers sont, comme toujours dans le cinéma de Dolan, en position de révolte, en quête de liberté, à la marge de la société.

Quid de Xavier Dolan. Sa frénésie de tournage le fait comparer à Fassbinder, Pasolini est également parfois évoquer pour le désigner, avec « Mommy » et son personnage de jeune hyperactif on le compare à un Larry Clark, qui est Xavier Dolan ? Un John Cassavetes qui aime filmer en liberté ! Sans doute, mais Xavier Dolan n’aime pas les comparaisons, il se rapproche très certainement de ce cinéaste fantasmé dont il est l’interprète dans le rêve de la mère d’un rejeton ancien hyperactif qui a réussi à se canaliser grâce au cinéma. Xavier Dolan est un trublion qui ne ressemble à personne, lorsqu’il reçut son prix à Cannes il déclara vouloir faire un break dans sa carrière, se nourrir en retournant étudier et passer du temps avec des gens de son âge (le réalisateur à 25 ans, « Mommy » est son cinquième film, en cinq ans). Les cinéphiles peuvent se rassurer, les projets de break du cinéaste sont contrariés, ce dernier travaille actuellement sur le script de son premier film hollywoodien, Jessica Chastain devrait faire partie du casting … Un film qui suivra deux mères …

François Cappelliez