Le brave, le bon et le truand

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« Cold in July » est le quatrième long-métrage de Jim Mickle. En adaptant « Juillet de sang », roman de Joe R. Lansdale, le réalisateur américain qui signa l’année dernière le très remarqué « We are what we are » aborde ici le thriller pour la première fois, ses trois premiers opus étant cantonnés dans le genre épouvante/horreur. Du roman originel, Jim Mickle en apprécia l’humour dans les situations les plus noires, la structure narrative et les thèmes qu’il abordait, notamment celui des relations père/fils.

« Cold in July » concourait au 40ème festival de Deauville, nous écrivions alors : « Encore une fois Jim Mickle réussi à captiver les spectateurs, il s’agit cette fois d’une histoire moins borderline que « We are what we are », le principe de « Juillet de sang » étant de suivre le parcours de Richard Dane, un personnage ordinaire amené à vivre des faits extraordinaires ». Cet homme ordinaire est interprété par Michael C. Hall, alias Dexter le médecin légiste sérial killer du petit écran.

Twist and shoot. Le cinéma de Jim Mickle aime surprendre, jouer avec le spectateur et cultiver les fausses pistes, le postulat de départ du film pouvait le baliser dans un style, il n’en sera rien, le film évoluera au grès de ruptures de tons et de multiples rebondissements. Une nuit, Richard Dane (Michael C. Hall) surprends un cambrioleur chez lui, le tue dans la confusion et devient ainsi le héros local après que sa situation d’autodéfense ait été avérée. Le malfrat n’était autre que le fils de Ben Russell (Sam Shepard), un truand qui surgit dans la vie de ce « mec d’à côté » pour lui demander des comptes. S’ensuivra un voyage aux bords de l’enfer qui verra l’alliance du brave, d’un bon (Jim Bob, un détective privé interprété par Don Johnson) et du truand.

Casting de choc. Michael C. Hall répondit favorablement au projet de Jim Mickle avant d’être rejoint par Sam Shepard et Don Johnson. Ces trois acteurs furent force de proposition d’un Jim Mickle qui fut à leur écoute : Michael C. Hall dans sa transformation physique et sa coupe de cheveux, Sam Shepard dans sa manière de se tenir et Don Johnson dans les accessoires pouvant définir son personnage, sa voiture surnommée « la salope rouge » (« Red Bitch ») ou son chapeau. Face à ce casting d’hommes, Vinessa Shaw, l’interprète d’Ann Dane, la femme du héros, l’un des seuls personnages féminins du film, fait pâle figure, « Cold in July » est un film d’hommes.

Années 80 et modernité. L’action de « Cold in July » se déroulant en 1989, Jim Mickle y a vu l’opportunité d’en faire un hymne aux années 80 par un travail sur la forme (cadrage, utilisation de la musique synthétique) et sur le fond de son film. La présence de Don Johnson, figure mythique des « eighties », apporte un plus à la touche 80’ apportée par le casting original. Le quatrième film de Jim Mickle n’oublie pas néanmoins d’être moderne notamment dans son traitement de l’image ainsi que par les thèmes qu’il aborde, la paternité ou encore la corruption. Au fur et à mesure de son dénouement il deviendra le récit initiatique de son héros principal.
Le cinéma de Jim Mickle est passionnant (« We are what we are » (2013) était déjà remarquable), « Cold in July » rend hommage au cinéma de John Carpenter, une référence que le réalisateur a intégrée pour mieux la dépasser. Voir « Cold in July » c’est découvrir un film jouissif qui aime à jouer avec les codes, et s’en affranchir, c’est se laisser surprendre par un scénario malin avec de nombreux rebondissements et qui distille les scènes chocs, pour le plaisir du spectateur, celui de voir comment le trio va se sortir des situations qui lui sont données à vivre, c’est enfin voir un film humain, ce qui lui donne tout son intérêt.

François Cappelliez