Gentil Petit Film

bon gros géant

Après sa parenthèse historique (“Cheval de Guerre”-”Lincoln”-”Le Pont des Espions”), la perspective de voir le maître renouer avec la fibre du merveilleux avait de quoi nous réjouir. L’annonce de Mélissa Matheson au scénario, ne fit qu’augmenter l’attractivité du projet . “Le Bon Gros Géant”, est un Spielberg mineur finalement.

Tirée du roman éponyme écrit par Roald Dahl, l’histoire est celle de Sophie, une jeune orpheline au caractère bien trempé qui se fait enlever par un géant et se retrouve plongée dans un monde nouveau et merveilleux : le monde des géants.

Après vingt premières minutes absolument merveilleuses qui nous embarquent dans cet univers enfantin, grâce notamment à la maestria de la mise en scène et à quelques plans dont seul le maître a le secret, le film entre dans un ventre mou qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin. Le gros souci du film est son inégalité rythmique et ses enjeux trop maigres pour tenir en haleine. L’intrigue n’est motorisée par aucun enjeu ou suspense. Parsemée d’échos à sa filmographie avec ces deux personnages solitaires qui se trouvent l’un  l’autre, la sauce ne prend pas. La motion capture, qui faisait des merveilles sur Tintin, ne transcende à aucun moment le matériau de base et n’est pas aidée par une mise en scène paresseuse et en pilote automatique.

Les quelques rares moments de poésie ne suffisent pas à emporter l’adhésion.

Le climax, certes sauvé par un plan-séquence redoutable, tombe très vite à plat et est réglé en un rien de temps. Un final à l’image du film : prometteur mais gâché. Alors que juste quelques minutes avant, le long-métrage se permet d’éterniser une scène au palais de la reine d’Angleterre afin d’aboutir à une série de gags à base de pets et de cocasseries sans génie. Embarrassant. L’humour de manière général, parasite le film, et fonctionne par intermittence seulement.

Même John Williams est en petite forme avec une musique fantomatique.

Mais on comprend avec le recul ce qui a pu motiver Spielberg à nous raconter cette histoire. En effet, on ne peut s’empêcher de voir dans le Bon Gros Géant Spielberg lui-même. Cette belle âme dont la fonction est d’insuffler des rêves dans la tête des enfants est au final le touchant auto-portrait d’un cinéaste de génie. A ce niveau, on peut prendre plaisir au spectacle, comme si après n’avoir pensé qu’au public toute sa vie, il s’accordait une pause avec cette petite réflexion sur lui-même et son impact sur l’imaginaire mondial.

D’autres font une thérapie. Chacun son truc.

Vivement “Ready Player One”.

 

Fouad BOUDAR