L’amante religieuse

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La mante religieuse est le premier film de Nathalie Saracco, une première oeuvre magistrale qui bouleverse les consciences et les âmes, bien-pensantes ou non.

 

Une vie entre déchéance et désenchantement

Jezabel (Mylène Jampanoï) est une jeune artiste dont la vie oscille entre la création et la destruction. Cette femme d’une beauté en diable se complaît dans la séduction, la consommation puis le rejet. Sa vie semble à la fois palpitante et lassante; Jezabel ne trouve plus de plaisir dans cet abyme de paradis illusoires : la drogue, le sexe… Somme toute, des jouissances sur l’instant qui supposent un abandon mais qui vous recrachent à une réalité encore plus difficile une fois qu’on les a goûtées.

Puis un matin, Jezabel apprend la mort de son père; elle se rend donc aux funérailles et fait la rencontre du Père David (Marc Ruchmann) et tombe immédiatement sous le charme de cet homme d’église à la beauté ravageuse. Vient alors ce défi, celui qu’elle s’est fixé avec sa colocataire, amante un peu soumise aussi : Erika (Mathilde Bisson); celui de séduire le prêtre. Pour quelqu’un qui porte le nom d’une séductrice, répudiée par le prophète Elie, et qui égare les serviteurs de Jésus-Christ pour qu’ils se livrent à l’immoralité sexuelle*, quoi de plus cohérent ? Dès lors, Jezabel devient, pour le prêtre et son entourage proche, le diable, symbole incarné de la Tentation. Va-t-il succomber, ou se délivrer du Mal ?

*(page Wikipedia, Jezabel)

La force du désir

Nathalie Saracco aborde dans la Mante, entre autres choses, la puissance du désir charnel. Symbole de péché (de chair) dans la religion catholique, la réalisatrice souhaite avant tout donner un visage humain à son prêtre. Beau, viril et motard, elle en fait un homme avant tout, avant même d’être prêtre. En tant que tel, il n’est pas immunisé d’emblée contre les assauts lascifs de Jezabel, jeune créature aux courbes affolantes, aux cheveux longs, représentation ultime de la féminité.

Pour autant, celle qui semble avoir confiance en soi, celle qui semble incarner le sexe fort, se fissure au contact du Père David, comme si lui seul pouvait briser sa carapace.

 

Une ode à la rédemption

En réalité, le personnage de Jezabel est une brebis égarée, elle le dit elle-même. Cette jeune femme qui a tout pour elle se déteste; elle a le sentiment « d’être une poupée cassée ». De son aveu, « née dans une famille quatre étoiles », elle n’a pourtant pas trouvé sa place auprès d’elle. Ne croyant en rien ni personne, sans foi ni loi, Jezabel trouvera pourtant une lueur d’espoir auprès du Père David. L’accompagnant dans tous ses déplacements, auprès des gens dans le besoin, elle comprendra alors ce que signifie « aimer et aider son prochain ». Grâce à lui, elle retrouvera un peu plus foi en l’être humain et, in fine, en elle-même.

Au fond, La Mante Religieuse n’aborde pas seulement la foi en Dieu, mais également celle en l’Homme et en soi. Jezabel se détruit car elle n’a aucune estime pour elle-même. En retrouvant une sérénité perdue auprès d’un homme de Dieu, ne le mettra-t-elle pas en danger ?

Les comédiens du film interprètent leur rôle avec brio, mention spéciale à Mylène Jampanoï qui se met en danger pour un tel rôle et qui joue sans aucune fausse note.

Lucie De Azevedo Felix