L'adaptation de trop ?

On ne compte plus les adaptations cinématographiques du conte « la Belle et la Bête ». Cette fois-ci Christophe Gans a souhaité relever le défi. Plus connu pour Le pacte des loups réalisé en 2001 et Silent hill en 2006, il revient cette année avec ce projet plutôt ambitieux en décidant de s’entourer d’acteurs bien connus des écrans français et internationaux. Il a en effet fait appel a Vincent Cassel (dont les dernières apparitions dans A Dangerous Method et Black Swan avaient été preuves de son talent) ainsi que Léa Seydoux (vu dernièrement en protagoniste de Grand central et de La vie d’Adèle, tous les deux sortis en 2013)

Nous aurions pu penser qu’un film porté par une tête d’affiche – qui ne laisse personne dans l’ignorance – serait un pari gagné d’avance. Mais la réussite de La Belle et la Bête est loin d’avoir été acquise. Les acteurs, qui ont pourtant connu un certain succès avec leurs films précédents, étaient ici loin d’être à la hauteur. Tous manquent cruellement de crédibilité, et des scènes parfois surjouées leur donnent un caractère ridicule. Ils n’apportent en outre aucune profondeur à leurs personnages et il nous est donc difficile de ressentir de l’empathie envers eux, à l’inverse le spectateur reste totalement indifférent à leur sort et ne s’attache pas à ces protagonistes sans personnalité réelle.

Mais le jeu médiocre des acteurs n’est pas le seul souci de cette nouvelle adaptation. Un manque évident de rythme se fait sentir, avec une action presque inexistante et la répétition de plusieurs scènes qui apporte aux spectateurs une sensation de déjà vu et qui alourdissent le film plus qu’elles n’apportent au scénario. Ce rythme déjà presque absent est cassé par les interventions d’un narrateur extérieur. Celui-ci nous revient régulièrement par apartés pour conter l’histoire à ses enfants, mais cette idée est difficilement explicable puisque l’on se rend très vite compte de son inutilité.

En tant qu’adaptation d’un conte, nous sommes en droit de nous attendre également à retrouver une part de magie et l’univers fabuleux qui va avec. Ce qui est loin d’être le cas. Les effets spéciaux, peu transcendants, ne réussissent pas à raviver la féérie et manquent de réalisme. Par conséquent le spectateur ne peut s’approprier l’univers de ce long métrage, qui ne peut décemment pas capter son attention. Les quelques scènes qui se voudraient provoquer le rire dans l’audience ne suscitent pas un grand intérêt non plus, rendant ces rares moments totalement ridicules et optionnels.

Dans la catégorie incompréhensions on pourrait rajouter les gros plans à répétitions sur les personnages. A force d’insister sur les imperfections de peau – sans doute pour montrer le contraste de beauté entre la Bête et sa Belle – le spectateur se retrouve lassé. Les choix faits par le réalisateur restent donc en grande partie obscurs et mal justifiés.

En résumé, cette nouvelle adaptation n’a rien d’exceptionnel mais est plutôt une pâle copie du conte bien qu’elle ne s’égare pas trop dans l’adaptation des faits originaux. Le pari est loin d’avoir été réussi.

 

Ludivine Tollitte