La vie c'est plus marrant en chantant

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Seule entendante dans un foyer de sourds-muets, Paula Bélier, seize ans, a une vie plutôt hors du commun. Malgré son jeune âge, elle se voit dans l’obligation d’endosser différentes casquettes : tantôt employée dans l’exploitation agricole de la ferme familiale, tantôt interprète pour sa famille, tantôt lycéenne. Les responsabilités s’empilent et on sent venir l’explosion.

Des parents marginaux et totalement dépendants de leur progéniture, un petit frère quelque peu agaçant et une meilleure amie avec des tendances nymphomanes… rien n’est simple pour elle. Alors quand on ajoute à cela l’instabilité émotionnelle et les premiers déboires amoureux qui constituent le quotidien d’une jeune fille, on comprend très vite le malaise que peut ressentir cette adolescente. A un moment de son existence où ses décisions vont s’avérer primordiales, elle se retrouve en plein doute et confrontée à un dilemme cornélien : poursuivre sa passion pour le chant dans une école prestigieuse à Paris ou bien rester vivre en pleine campagne et soutenir son père et sa mère dans leurs tâches journalières.

Afin d’incarner ce personnage en proie à toutes ces émotions, le choix de son interprète devait être fait avec beaucoup de soin. En décidant de confier ce rôle à Louane Emera, le réalisateur Eric Lartigau, à qui l’on doit « Les Infidèles » en 2012, a trouvé sa perle rare. A peine âgée de dix-huit ans et fraîchement sortie de l’émission « The Voice », pour laquelle elle était arrivée en demi-finale, cette demoiselle a su faire preuve de ses multiples talents. Pour sa première prestation au cinéma, on peut sans nul doute affirmer qu’elle commence très fort. Pour un long-métrage qui relevait d’avantage du challenge que de la promenade de santé, elle se sera montré à la hauteur de ses aînés  : François Damiens et Karin Viard. Les comédiens incarnant les deux parents ne sont plus à leur galop d’essai, puisqu’ils formaient déjà un couple marié, propriétaire d’un bistrot à la frontière franco-belge dans la comédie de Dany Boon « Rien à déclarer », sortie en 2010. La complicité qui règne entre ces deux individus transpire à l’écran et renforce leur crédibilité.

Ce tournage, exigeant pour le casting, aura nécessité une préparation intense. Aucun des acteurs principaux ne connaissait la langue des signes, à l’exception de Luca Gelberg qui est lui réellement sourd et qui interprète Quentin, le fils Bélier. Pour les besoins du film, ils ont donc été obligé de prendre des cours de manière intensive pendant presque cinq mois. Tout ce travail se sera montré payant ; l’équipe a réussi à surmonter toutes les difficultés rencontrées et ainsi contribuer au réalisme de cette œuvre de fiction. Il ne faut cependant pas minimiser la contribution de l’excellent Eric Elmosnino, qui a eu lui aussi sa part de préparatifs. En effet, dans un souci de crédibilité, le comédien a notamment étudié avec un pianiste pour mieux comprendre la gestuelle particulière de son personnage.

Bien que particulièrement émouvant, ce film est loin de tomber dans le pathos. Certes, il met en avant des protagonistes souffrants d’un certain handicap, qui rend leurs relations avec la société compliquées, voire même délicates, ils ne sont toutefois en aucun cas stigmatisés. On est ici en présence d’un simple constat, d’un « état des lieux » des liens entretenus entre ces deux communautés. Les contacts sont difficiles et on s’aperçoit très vite que leur surdité n’est pas uniquement à l’origine de ce manque de communication. Paula, le « vilain petit canard » de la famille, se retrouve quant à elle entre ces deux mondes que tout oppose. Pour rendre compte de la situation de cette touchante famille, le metteur en scène va même jusqu’à placer le spectateur dans la peau du clan Bélier lors d’une scène qui joue un rôle significatif dans la conclusion de l’intrigue. L’audience est plongée dans un moment de silence absolu, où la réaction des personnes présentes aux alentours est le seul élément permettant de se faire une idée précise de ce qui se trame.

« La Famille Bélier » est un beau récit qui ne vous laissera pas insensible. Il vous permettra également de découvrir ou redécouvrir certains titres de Michel Sardou. Choisis avec soin, les textes de ces chansons renforcent ce côté humain déjà bien présent tout au long de cette production.

Ludivine TOLLITTE