Un Robinson Crusoë moderne

077819.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

 

Michael Dudok de Wit n’est pas un nouveau venu dans le monde du cinéma, même s’il sort sur les écrans son premier long métrage, qu’il signe à l’âge de 62 ans. L’animation est un monde particulier au sein du celui du cinéma. En refaire son histoire en quelques lignes. Si l’on veut s’y référer ou s’y plonger, les références bibliographiques et vidéographiques ne manquent pas, du côté ouvrage : « 100 ans de cinéma d’animation » aux éditions Dunod e, 2015 ; l’auteur est un spécialiste de la question : Olivier Cotte. Du côté des images, il faut impérativement se référer à « Une histoire du cinéma d’animation » réalisé par Romain Delerps et Alexandre Hilaire, édité en 2016 chez Doriane Films, diffusé récemment sur Ciné + Famiz et présenté au festival d »Annecy.

Il n’est pas un nouveau venu dans la mesure où il s’y consacre depuis les années 80, collaborant avec d’autres réalisateurs ou signant ses propres oeuvres, trois courts métrages, mais des dates dans le cinéma d’animation, récompensé par de nombreux prix : César, Oscar, primés dans la plupart des festivals d’animation : avec « Le moine et le poisson » (1994) ou « Père et fille » (2000).

Mais l’autre originalité de ce film, c’est qu’il est la première production étrangère des studios Ghibli, studios, d’où sont sortis les films de Miazaki et de quelques autres cinéastes.

Comme souvent dans le monde de l’animation, la réalisation de ce film fut une aventure qui débute en 2006, lorsque Dudok de Wit reçoit un mail des studio Ghibli, de son directeur, sao Takahata, lui posant « (…) deux questions. Dans la première, le musée Ghibli me demandait si j’acceptais qu’ils distribuent au Japon Father and daughter. Dans la deuxième, si j’étais intéressé de travailler avec leur studio sur un long métrage de ma création… Jusque là, je n’avais pas vraiment pensé au long métrage. Certains de mes amis, à qui on a fait des promesses magnifiques, sont partis en Californie pour en revenir déçus après avoir vu leur projet remanié par les producteurs. Mais avec Studio Ghibli, c’est différent. Ils m’ont précisé que l’on travaillerait sous la loi française, qui respecte le droit d’auteur. » (les extraits de l’entretien avec le réalisateur proviennent du numéro 665, juillet/aout 2016 de la revue Positif, qui a consacré de nombreux dossiers sur le cinéma d’animation.d

Après avoir accepté, le réalisateur se met donc au travail. Mais « J’ai fait l’erreur classique : mon scénario était trop détaillé. Le film aurait été trop long. Mais la base de l’histoire était bonne. Dans l’étape suivante, l’animatique, qui est la version très simplifiée du film dessinée avec des images fixes sans mouvements, je découvrais que ce n’était parfois pas évident de traduire cette histoire en langage cinématographique. Il restait des noeuds que je n’arrivais pas à défaire. Alors Pascal Caucheteux, le producteur de Why Not Productions, m’a proposé de rencontrer Pascale Ferran. », cinéaste mais aussi scénariste, mais dont c’est la première contribution dans le cinéma d’animation et dont l’implication pour ce film ne fut négligeable, allant jusqu’au montage, dont la prise en compte dès le scénario est bien plus importante que dans le cinéma de fiction.

Le fruit de la collaboration des studio Ghibli, de celle de Pascale Ferran avec Dudok de Wit aboutira près de dix ans plus tard à cette « Tortue rouge », film sans dialogue narrant l’aventure d’une vie humaine, de ses découvertes, ses obstacles que sont l’amour, la vieillesse, la solitude, la mort tout cela filmé avec une belle simplicité et une grande beauté, un film frappé du sceau d’une grande humanité et de l’universalité.

Sélectionné lors de la 69ème édition du festival de Cannes dans la section Un Certain Regard, il en repart avec le Prix spécial du Jury. Dans la foulée, il fait l’ouverture du festival d’Annecy en juin. Et commence la vie « internationale » du film, dans la mesure où il a été acheté par des sociétés des distribution de différents pays. Ainsi, enfin, le spectateur pourra s’approprier cette oeuvre peu commune, belle et destinée tant aux enfants, qu’aux adultes.

Christian Szafraniak