Un film coup de poing

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Emmanuelle Bercot, si elle a reçu le Prix d’interprétation féminine pour « Mon Roi » de Maïwenn,  a surtout marqué de son empreinte la 68ème édition du Festival de Cannes par la présentation de son film « La Tête haute », en ouverture, hors compétition.

Digne pendant à “Mon Roi”, c’est avant tout un regard implacable sur la société, celui de sa réalisatrice : un sujet social, traité sans misérabilisme, avec justesse.  Dans le cinéma français qui s’attaque aux sujets de société, elle n’est pas seule. « La loi du marché » de Stéphane Brizé (19 mai 2015) et « Dheepan » de Jacques Audiard qui sortira le 26 août 2015.

« La Tête haute », c’est aussi les premiers pas de Rod Paradot sur un plateau de cinéma.  L’on doit cette révélation à la directrice de casting, Elsa Pharaon.  Adepte de  “castings sauvages”, elle l’a repéré alors qu’il suivait un CAP de menuiserie. Emmanuelle Bercot lui offre un rôle sur mesure – celui de Malony dont on suit le parcours de six à dix-huit ans ; il livre une prestation époustouflante de justesse. Sarah Forestier campe le rôle de Séverine, sa mère immature et démissionnaire. Elle abandonne son fils, « un boulet pour la société », dira t-elle dans le bureau du juge des enfants,  dès les premiers plans du film. C’est à Catherine Deneuve qu’elle a confié ce personnage, celui de Florence Blaque. Elle lui avait déjà fait confiance en 2013 avec « Elle s’en va » (2013). Benoît Magimel, lui,  est l’éducateur du jeune délinquant qu’est devenu Malony. Yann a un passé trouble ;  il n’est pas éducateur par hasard.

 

« La Tête haute », c’est  donc cette relation triangulaire  entre le jeune Malony, la juge des enfants et l’éducateur. Par moments, il nous rappelle la réalisation de Xavier Dolan, « Mommy » (2014). Mais la personnalité de Malony – qu’un gamin du centre de détention qualifiera de « malhonnête » – l’en éloigne. Il a en effet un sens moral plus développé que celui dépeint par le cinéaste canadien.

Si dans la première partie, Malony garde la tête baissée – couverte d’une capuche ou d’une casquette, comme pour mieux se camoufler –  c’est la tête haute qu’il sortira de son parcours initiatique.

Emmanuelle Bercot s’attaque à un sujet de société, en mettant de côté un certain déterminisme. Elle oscille entre découragement et espoir et l’on peut se demander finalement ce qu’est devenu Malony, si son passé de délinquant est définitivement derrière lui.

 

François Cappeliez.