La sauvageonne et la nonne

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Nous avions quitté Jean-Pierre Améris en 2012 avec « L’homme qui rit », adaptation du roman éponyme de Victor Hugo, adaptation qui, malgré de bonnes intentions, manquait de souffle et de vision en fonction de la dimension de l’ouvrage. Deux ans plus tard, Améris continue d’explorer le XIXème siècle, mais cette fois en s’intéressant aux relations entre une jeune fille née sourde et aveugle, Marie Heurtin, et Soeur Marguerite, qui, en désaccord avec la mère supérieure du couvent dans lequel elle vit, va s’attacher à transformer Marie Heurtin et lui donner la possibilité de communiquer avec le monde extérieur, .

Ce n’était pas là l’idée première du réalisateur qui souhaitait réaliser une adaptation de la biographie d’Helen Adams Keller « Sourde, muette, aveugle » (Traduction française : Editions Payot, Paris, rééd. 2001), sujet qui avait déjà fait l’objet d’une magnifique réalisation au cinéma sous le titre de « The Miracle worker » (Miracle en Alabama ») par Arthur Penn en 1962. Film, qui avait bouleversé Améris, mais il ne put en acquérir les droits en raison de leur montant, selon ses dires. Ce qui semble étonnant dans la mesure où le livre put faire l’objet de récentes adaptations, ainsi en Inde en 2005 (« Black ») et en Turquie en 2013 (« Benim Dunyam »).

Nous sommes en 1885 en France. Marie Heurtin, alors âgée de 14 ans est la fille d’un modeste artisan. Elle considérée comme « débile » par un médecin qui lui conseille de l’interner dans un asile. Se refusant à cette extrémité, les parents de Marie la placent à l’Institut de Larnay, près de Poitiers, institution gérée par des religieuses et accueillant des jeunes filles sourdes. Marie Heurtin se heurte à l’ensemble des personnes vivant dans cette institution et se comporte telle une « sauvageonne », ne se lavant pas, ne changeant pas de vêtements, marchant pieds nus, et…Son comportement « asocial » finit par exaspérer la mère supérieure jusqu’au jour où l’une des soeurs, Marguerite, malgré ses problèmes de santé, se propose de l’éduquer. A partir de ce moment, va commencer la longue et lente réadaptation de Marie au monde qui l’entoure. Le film nous révèle les progrès effectués par la jeune fille, mais aussi les moments de déception, de découragement de soeur Marguerite, malgré l’acharnement, l’entêtement dont elle faisait preuve, se sentait, par moments, prête à abandonner, tant la tâche lui paraissait quelquefois insurmontable. Soeur Marguerite finit par être récompensée des efforts consacrées à l’apprentissage de la jeune fille, au point d’y perdre la santé.

Le réalisateur parvient à faire passer avec une certaine justesse les difficultés, les peines, les réussites de cette entreprise, servie par deux comédiennes investies pleinement dans leurs personnages. Améris a confié le rôle de la soeur à une actrice qu’il connaît bien, Isabelle Carré, ainsi, nous ne sommes pas surpris par le résultat de son investissement. La difficulté consistait à trouver une jeune fille à la hauteur du rôle de la petite sauvageonne, qui se transforme progressivement pour laisser quasiment la place à une autre personne. De plus, elle avait en face une comédienne expérimentée. Il faut reconnaître qu’Ariana Rivoire s’en acquitte à merveille.

Malheureusement, le film ne parvient pas à faire oublier les réussites de réalisations antérieures. Outre « Miracle en Alhabama » déjà cité, c’est bien évidemment à « L’enfant sauvage » de François Truffaut (1969) auquel on ne peut pas ne pas penser. Dans le film d’Améris, la mise en scène est alourdie par une voix off bien trop présente, souvent redondante avec l’image ainsi que par la présence une peu trop envahissante de la musique, qui pour agréable qu’elle soit ne permet pas d’alléger l’ensemble. Comme s’il fallait expliquer les situations au spectateur, alors que souvent l’image suffit à elle-même pour exprimer les intentions des protagonistes et du réalisateur.

Christian Szafraniak