Boules de cuir

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Antoine Fuqua s’est acquis une belle petite réputation chez les dévoreurs de pellicule depuis quelques années. « Training Day » en 2001, « le roi Arthur » trois ans plus tard et « Equalizer » récemment : rien de transcendant mais suffisant pour laisser quelques traces dans les mémoires des cinéphages. Pour son retour dans les salles obscures, le réalisateur américain s’attaque à un genre qui a permis, au fil du temps, aux plus grands de donner toute leur mesure, le film de boxe. La saga des Rocky, « Raging Bull », « Fighter », « One Million Dollars Baby », « Hurricane Carter »… Le noble Art est l’enfant chéri du mariage entre le sport et le cinéma. Pour enfiler une fois encore les gants, il fallait un poids lourd d’Hollywood. Succéder aux Stallone, De Niro, Christian Ball ou Denzel Washington n’est pas à la portée du premier venu. L’oscarisé Jake Gyllenhall semblait avoir les épaules assez larges pour remporter la mise. La tête d’affiche distribuée, ne restait plus qu’à étoffer le casting. La pêche a été miraculeuse. Une révélation pour donner la réplique, Miguel Lopez, rookie des plateaux mais surtout des pointures assumées : le toujours juste Forest Whitaker, indispensable depuis le trop oublié « Glory », Curtis Jackson qui abandonne enfin la défroque de Fifty Cents sans oublier Naomie Harris, bien loin de son rôle de Miss Moneypennie, l’assistante dévouée de James Bond. La bande sonore, quant à elle, sonne un peu comme le testament musical de James Horner, décédé avant même la sortie américaine de « La rage au ventre ».

Il va sans dire que Mister Jake, à l’image de son modèle Bob De Niro s’est astreint en amont à un travail foncier colossal pour paraitre crédible à l’écran. Les comédiens d’Outre Atlantique n’ont pas l’habitude de faire semblant lorsqu’il s’agit d’entrer dans la peau de personnages à la plastique avantageuse. L’apparence n’est pas suffisante de l’autre côté de l’Océan ; il faut vivre son rôle, pas seulement l’interpréter. Le scénario de Kurt Sutter est clair comme de l’eau de roche. Cette histoire de boxeur gaucher qui après s’être noyé dans la médiocrité se relève à force de travail et d’abnégation n’a rien de transcendant, ni d’original. C’est le fil conducteur de tout un pan de la fiction made in USA. Mais reconnaissons, tout de même, que la mayonnaise prend une nouvelle fois. Nous parierons une petite pièce sur le fait que les plus insensibles d’entre vous verseront leur petite larme à l’issue de la projection. Les comédiens y sont pour beaucoup, une mise en scène dynamique emportant les plus réticents. Les moments de bravoure sont, comme il se doit, la captation des combats. Sans atteindre la maestria d’un Martin Scorsese, Antonio Fuqua s’en tire avec les honneurs. De quoi vous entraîner sans réticence sur le ring pour défendre les chances de Billy Hope.

JULIEN IMPE