Le dilemme

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Stéphane Brizé, réalisateur de « La loi du marché », affirme en évoquant la naissance du projet qui a mené à son film (propos tirés du dossier de presse) : « Mes films ont toujours traité de l’intime mais sans mettre en écho l’homme et son environnement social. L’étape suivante était d’observer la brutalité des mécanismes et des échanges qui régissent notre monde en confrontant l’humanité d’un individu en situation de précarité à la violence de notre société ».

« La loi du Marché » est un film sur la violence du monde, sur la violence du monde du travail – déshumanisé. Thierry (Vincent Lindon) doit accepter de fliquer les employés du magasin dont il doit assurer la sécurité, allant en cela contre ses principes, pour répondre aux souhaits des dirigeants du magasin et leur volonté de limoger les plus faibles, ceux qui commettrons une faute. Le résultat sera irréversible. Avant cela « La loi du marché » présentera le parcours chaotique de son héros, un ex militant qui a décidé de tourner la page et qui, au chômage, s’est retrouvé « balloté » entre stages et formations qui ne trouvent aucuns aboutissements. « La loi du marché » est un film politique dans le sens « organisation de la cité » qui présente le monde du travail sans misérabilisme. Le métier de vigile qu’exercera Thierry ne sera pas caricaturé.

« La loi du Marché » vogue sur la même thématique des récents « Jamais de la vie » de Pierre Jolivet ou « Discount » de Louis-Julien Petit. Avec ici un parti pris documentaire que ne possède ni « Jamais de la vie », ni « Discount ». « Discount » évoque la force de l’union, le personnage interprété par Olivier Gourmet dans « Jamais de la vie » est quant à lui assez proche de Thierry/Vincent Lindon dans le film de Stéphane Brizé. Thierry n’étant cependant plus un homme en lutte.

Le parti pris documentaire du film se traduit par l’emploi d’acteur amateurs (souvent dans leurs propres rôles) face à Vincent Lindon, par une photo réaliste, celle d’Eric Dumont, chef opérateur dont la spécialité est le documentaire et par un sens du cadre et du plan séquence brute. Là où le langage ciné aurait trouvé logique l’utilisation du champ/contre champ, Stéphane Brizé cultive l’art du plan fixe. « Ce qui m’intéressait c’était le point de vue de Thierry/Vincent. C’est lui qui est au centre du récit. C’est ce qu’il reçoit qui m’intéresse. C’est pour cela que je le filme parfois longuement alors qu’il n’est pas forcément celui qui anime la scène. Je le filme comme un boxeur qui reçoit des coups sans forcément m’attarder sur celui qui les donne », dit Stéphane Brizé. La scène de la négociation du mobil-home est en cela représentative.

La découverte d’un exceptionnel Vincent Lindon n’est pas le seul intérêt de découverte de « La Loi du Marché » de Stéphane Brizé au Cinéma, mais c’est l’un des arguments principaux. Présenté en Compétition du Festival de Cannes 2015, Vincent Lindon y a été justement récompensé du prix d’interprétation. La grande force de « La loi du marché » est surtout de donner un visage au « chômage », une entité abstraite, celui de Vincent Lindon.

 

Christian Szafraniak