Une belle fresque historico-juridique

255848

    Simon Curtis met du temps pour réaliser ses films mais la qualité est (heureusement) toujours au rendez-vous ! A 55 ans, le britannique n’a réalisé que deux longs métrages. Quatre ans après le succès de My Week with Marilyn, sort The Woman in Gold, ou La femme au tableau en français. Dans celui-ci, il nous raconte le combat de Maria Altmann, ancienne juive autrichienne, maintenant exilé aux Etats-Unis, pour récupérer les tableaux (des Klimt) qui lui ont été spoliés par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Pour ce faire, elle s’allie avec un jeune avocat, lui aussi autrichien, exilé aux USA. Mais l’Autriche n’entend évidemment pas rendre « La Joconde autrichienne » aussi facilement à sa propriétaire légitime, mêlant ainsi les protagonistes dans un casse-tête judiciaire captivant.

    Tiré d’une histoire vraie, ce récit attrayant nous en apprend d’avantage sur les vols nazis, l’œuvre de Gustav Klimt, et le combat de cette brave femme qui n’est malheureusement pas la seule dans son cas. Le titre du film en anglais, The Woman in Gold, est d’ailleurs le nom du tableau le plus connu de l’artiste, également appelé « Adele Bloch-Bauer I », ce dernier étant au centre de toutes les convoitises dans l’histoire.

    Pour parfaire cette réalisation, Simon Curtis a pu compter sur un casting de choix : Helen Mirren (The Queen, Excalibur,…), qui joue Maria Altmann, est décidemment cantonné à jouer le rôle de vielle bourgeoise, non sans rappeler sa merveilleuse prestation dans The Queen qui lui a valu l’oscar de la meilleure actrice. Touchante et déterminée, c’est elle qui offre une dimension sensible au film sans tomber dans le larmoyant. Elle est accompagnée d’un duo de choc, Ryan Reynolds (Buried, The Voices,…) et Daniel Brühl (Rush, Good Bye Lenin!), qui ajoutent tous deux une nouvelle production de qualité à leur CV. Outre Daniel Brühl, on retrouve quelques autres acteurs allemands tels que Justus von Dohnányi et Moritz Bleibtreu, tous deux révélés dans le captivant thriller L’Expérience, sorti en 2001. Les acteurs mineurs affichent également des prestations qui méritent d’être soulignées. En effet, les différents flashbacks de l’histoire mettent en scène des nazis terrifiants et des juifs apeurés, voire traumatisés. Rarement la vie de citoyen juif européen n’aura été si bien retranscrite, baignant dans l’humiliation et la peur.

Pour ce qui est du reste de la réalisation, on note de beaux paysages, partagés entre la Californie et l’Autriche, surtout Vienne. La musique, très belle, se prête parfaitement à l’histoire mélancolique, elle est signée Hans Zimmer (Le  Roi Lion, Rain Man, Gladiator,…).

Proposant un récit dynamique et émouvant, Simon Curtis nous peint une fresque historico-juridique réussie. Les acteurs sont justes et les scènes ne traînent pas en longueur. Les variations de rythme apportent beaucoup au dynamisme de cette histoire quelque peu linéaire et prévisible. Mais le côté classique du récit, appuyé par sa qualité narrative, tient en haleine le spectateur et ne freinera surement pas les amateurs du genre.

Antoine Defives