La Divine comédie

Roberto Ando, le réalisateur de ce pur moment de bonheur cinématographique n’est pas un inconnu des amoureux du 7ème Art français. Ces derniers avaient pu voir naguère sur les écrans hexagonaux «le prix du désir » avec notre Daniel Auteuil national. Déjà à l’époque, en 2004, il abordait un thème que l’on retrouve dans « Viva la libertà», cette difficulté à gérer la célébrité. C’est donc fort logiquement qu’il creuse son sillon en adaptant sur la toile son propre roman. En effet, avant d’être une œuvre sur pellicule, cette comédie douce-amère sur le pouvoir fut couchée sur le papier. «Le trône vide» offrait aux lecteurs une plongée saisissante dans l’Italie contemporaine. Celle d’une péninsule où à l’ombre d’un condottiere médiatique s’étiolent les pâles politiciens de la vieille école. Reprenant la caméra une olympiade après son dernier film, « voyage secret » qui narrait les affres d’un psychanalyste en souffrance (tiens, tiens !), le metteur en scène retrouve la patte des grands anciens, les Risi, Scola et consorts.

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Les Béotiens proclameront encore une fois la résurrection de la comédie à l’italienne. Nous préférons de nouveau admirer l’immortalité du genre. Loin de ce cinéma du gag pour le gag, les Transalpins ont toujours su rire de leurs blessures plutôt que de s’en lamenter. La Botte confine de nouveau à l’universalité. Il ne faut pas, en effet, forcément résider à Rome, Naples ou Turin pour percevoir le déclin de la démocratie parlementaire à l’Occidentale. Ce théâtre où des marionnettes s’agitent en coulisses, se gavent de phrases grandiloquentes afin de cacher leur absence de poids sur le destin des peuples est commun à l’ensemble de l’Europe.

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Le scénariste va mettre alors en place une double mécanique. D’un côté, le politicien va fuir ses responsabilités, disons prend du recul si l’on tient à ménager son égo ; de l’autre un bouffon -le propre frère jumeau de l’homme d’état- va enfiler les oripeaux du pouvoir. Thème classique de la littérature s’il en est, rappelez-vous par exemple la théorie commune à Voltaire et Dumas du jumeau de Louis XIV, celle du masque de fer, il aura permis à une myriade d’auteurs en panne d’inspiration de noircir bien des feuillets. Dernier avatar du genre ; « The Dictator » de Sacha Baron Cohen faisait le pendant parfait du classique chaplinesque. Non la grande force ici, c’est la finesse du propos. Oscillant entre une description millimétrée de l’univers politique et des échappées vers la pure loufoquerie (ah, ce tango avec la garde des sceaux !), le film arrive également à créer deux tons radicalement différents. D’un côté, en suivant le fuyard dans son périple parisien, de l’autre en accompagnant le néophyte dans sa séduction des masses.

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Les épisodes en France : la reconquête de son amour de jeunesse (délicate Valéria Bruni Tedeschi), la découverte du monde du travail, les mystères du passé forment un magnifique contrepoint aux scènes péninsulaires. Mais pour réussir cette pièce montée, il fallait un comédien d’exception et Toni Sevillo était vraiment l’homme de la situation. Incontournable depuis sa performance dans « La Grande Bellezza », l’acteur est le digne héritier du « Fanfaron » Vittorio Gassman. La subtilité de son jeu ne peut que rappeler également aux plus anciens le Peter Sellers de «Bienvenue Mister Chance» Jamais caricatural, toujours sur le fil du rasoir, «Il Divo» vampirise le film et construit sa légende. Venez voir un géant à l’œuvre, c’est parfaitement émouvant.

 

REGIS DULAS