La disparition

Derrière les façades des pavillons de banlieues

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Le nouvel Araki est arrivé, le Gregg Araki de la maturité ? Que restera-t-il de « White Bird » après que vous l’aurez découvert au cinéma ? Quels souvenirs avez-vous d’un film de Gregg Araki ? De « Kaboom » ? Ou de « Doom Generation » ? Le réalisateur américain filme entre les genres, c’est ce qui le caractérise et « White Bird », même s’il ne ressemble pas formellement aux films précédents du maitre, ne déroge pas à sa philosophie, celle d’imposer un regard non conventionnel sur les choses, ici sur une famille américaine de style middle class typique.

Kat voit sa mère disparaitre, son père rester sous le choc puis surmonter l’absence d’une femme dont on comprendra aisément qu’elle étouffait dans un quotidien qu’elle n’avait pas souhaité. Pourquoi est-elle partie ? Est-elle partie, d’ailleurs ? Quelle est la signification des rêves de Kat ? Gregg Araki adapte ici le roman éponyme de Laura Kasischke en y apportant sa propre pâte, changeant la fin, modifiant sa temporalité et transposant son action dans une ville qu’il connait bien, mais en gardant son regard sur l’adolescence et sur l’aspect sexuel de l’œuvre originale.

« White Bird » est une très bonne reconstitution des années 80, sa bande originale y participe pour beaucoup, on y entend notamment The Cure, Joy Division ou Depeche Mode. C’est ensuite une histoire qu’un David Lynch n’aurait pas reniée, avec son monde de rêves et de flash-backs d’une Kat à la recherche d’elle-même, l’exploration de personnages ambigus derrière leurs façades sans histoire. Plus que la prestation de Shailene Woodley (« Divergente », « Nos étoiles contraires » en 2014) dans le rôle de Kat, « White Bird » est surtout le film d’une actrice, Eva Green, l’interprète de la mère disparue. A travers elle Araki présentera les non-dits d’une communication inexistante dans le couple sur le fond de la propre psychose de la disparue.

L’oiseau blanc dans le blizzard (« White Bird in a Blizzard », titre original du film) semble clairement désigner la mère de l’héroïne lui apparaissant en rêve. Il s’agit d’un appel au secours venu du froid. Un élément primordial à la compréhension de l’enquête. Le spectateur aura juste une petite longueur d’avance sur Kat, l’héroïne de l’histoire, dans une intrigue décousue afin de faire ressortir les protagonistes de son récit, le petit ami comme les deux amis extravagants de Kat ou le personnage de flic. Les éléments présentés de façon éparse rentreront en cohérence lors du twist final.

En parallèle à l’enquête « White Bird » est un film sur la transition, celle de Kat qui quitte le cocon familial. Le passage des années 80 à la dizaine supérieure appuyant le propos de Gregg Araki. Kat s’est construite, dans le chaos, avec l’absence soudaine de sa mère.

Que restera-t-il du film de Gregg Araki ? « White Bird » est-il le film de la maturité ? Seul l’avenir le dira. L’aspect formel du dernier film du réalisateur américain est dicté par sa propre histoire. Qu’importe l’aspect formel d’ailleurs, Gregg Araki est un cinéaste punk, et le punk est un état d’esprit. Gregg Araki est le cinéaste de l’adolescence, un sujet qu’il est loin d’avoir fini d’étudier.

François  Cappelliez