La mort ou le trophée de la vie

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Dans la famille La dernière leçon, demandons la réalisatrice : Pascale Pouzadoux. Puis la mère, Madeleine (Marthe Villalonga),la fille, Diane (Sandrine Bonnaire) ou encore son mari, Clovis (Gilles Cohen) et leur fils, Max (Grégoire Montana-Haroche). N’oublions pas le fils de Madeleine, Pierre, (Antoine Duléry), sa femme Victoria (Sandrine Pakora), et leurs deux filles. Ils sont huit et vivent dans un bonheur familial simple : celui d’être réunis pour l’anniversaire de Madeleine. Une histoire inspirée du livre de Noëlle Châtelet qui rend hommage à sa propre mère.

                A 92 ans, Madeleine – ou Madi pour les intimes- est heureuse mais estime que la vie doit s’arrêter là. Il y a eu la couche de trop. Elle se sent fatiguée et dépendante. Silence à table. Madeleine leur laisse trente-cinq jours. La mort annoncée de Madeleine divise. D’un côté, une réaction violente et un rejet absolu, de l’autre, le déni, puis le respect de la décision d’un être pourtant cher. Larmes, insultes, colères, souffrances, ces deux réactions du frère et de la sœur se réunissent finalement dans une même peur, celle de perdre leur mère. Les deux personnages incarnent encore deux réactions contemporaines : l’acceptation ou la peur de la mort. Sans cesse, un parallèle créé entre la vie et la mort. Tout autant que le rire, la nourriture apparait comme un signe de vie. Pendant que Madeleine prépare ses médicaments pour mourir, Diane prépare une recette de cuisine.

                Malgré la thématique dramatique du film, le spectateur retient les nombreux rires de Madeleine. La vieille dame n’a pas peur. Diane déclare plusieurs fois son admiration pour le courage de sa mère. Madeleine veut se battre pour le soutien de ses proches à sa fin de vie. « Elle veut mourir debout », mourir en dignité donc, deuxième partie de son combat. Dans cette bataille, Madeleine entretient une relation privilégiée avec sa fille ou encore avec son aide –ménagère et son voisin. Le personnage est aimé et aimant. Marthe Villalonga interprète la figure archétype de la « bonne » mère. Les personnages de l’aide-ménagère et du voisin incarnent des représentations sociales communément admises : la générosité de la culture africaine.

                La réalisatrice, utilise les corps et les silences comme moyen de faire transparaitre l’émotion. Les visages, les regards s’égaient et s’attristent d’un instant à l’autre. Ils emmènent le spectateur dans le fort intérieur des personnages. Quant à la musique composée par Eric Neveux, elle guide le spectateur. Finalement, peu de mots sont nécessaires quand vient la mort. Les objets sont d’ailleurs utilisés en tant que symboles du temps qui s’écoule. Lorsque la pendule du salon s’arrête, que les pièces du journal ne sont plus sur l’étagère, l’heure est venue d’accepter la mort. Sentiments et métaphores bercent ce long-métrage, peut-être un peu trop. Une seule certitude, Pascale Pouzadoux nous adresse une dernière leçon : la mort comme choix et continuité de la vie.

Maud Charlet