Chine épique

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Grande figure du cinéma de Hong Kong, Tsui Hark n’a de cesse de questionner l’identité de la Chine, avec notamment la trilogie des “Il Etait Une Fois en Chine” et “Time and Tide”. Son « déracinement » suite à des études de cinéma aux États-Unis donne une couleur particulière à son regard.

Tsui Hark s’empare ici d’un épisode très célèbre de l’histoire chinoise, et totalement inconnu en France. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans un pays en proie à la guerre civile, cet épisode est raconté à travers le regard d’un étudiant chinois rentrant en mère patrie après des études à New York. Une sorte de flash-back.

Usant d’une facture plus classique et moins frénétique qu’à l’accoutumée, le réalisateur emprunte le style des Serials à l’ancienne et nous réserve de belles fulgurances, telle cette attaque de tigre dans une forêt enneigée qui vaut à elle seule le déplacement.

Le style du maestro est encore bien visible à travers un découpage élégant, rapide, tout en restant lisible, et des cascades chorégraphiées comme des ballets. C’est d’ailleurs la grande force du cinéma d’action asiatique en général en comparaison au cinéma américain.

Beaucoup plus syndiqué et déléguant les scènes de cascade aux mêmes spécialistes (Dan Bradley, Vic Armstrong, Neil Corbould), le cinéma d’action américain souffre d’une standardisation de l’action. En gros on retrouve souvent les même figures : la boule de flamme poursuivant le héros, les poursuites automobiles tournées caméra à l’épaule. A chaque fois qu’une cascade rencontre du succès, elle est systématiquement reproduite jusqu’à épuisement. Le cinéma asiatique semble s’affranchir des limites physiques pour nous proposer du jamais vu.

Conscient d’être à la tête d’un film de commande – financé par la Chine qui ravive par-là un souvenir glorieux de son histoire – Tsui Hark se l’approprie très habilement en nous proposant une double fin qui nous donne à réfléchir sur le spectacle que nous venons de voir. Un procédé très ludique et assez novateur.

Je ferai finalement un seul reproche au film : son affiche magnifique mais un peu racoleuse qui nous fait miroiter une scène démente d’avion en flammes. Il y en a bien une impliquant un avion mais elle n’est en rien orchestrée comme le suggère le visuel.

Que cela ne vous empêche pas de savourer ce long-métrage à la mise en scène généreuse et grandiose. Malgré des effets spéciaux digitaux parfois limités, le spectacle reste total.

 

Fouad Boudar