Sévèrement Bourné

en tête de l'article

Contre-Emploi

en dessous du titre contre emploi

Mutique, taiseux, vulnérable, perdu, omniscient, redoutable, Jason Bourne est le personnage de film d’action le plus passionnant de ces dix dernières années. Adapté des écrits de Robert Ludlum, il donna lieu à une saga de quatre films initiée en 2001 par Doug Liman. Véritable surprise, “La Mémoire dans la Peau”, donna une patine rugueuse et plus terre à terre au film d’espionnage à travers son héros torturé et anti-spectaculaire. Dans le rôle titre, Matt Damon qui, à la surprise générale, s’est approprié le rôle d’une manière définitive et magistrale. Il EST Jason Bourne. Pour l’éternité. Au contraire d’un James Bond qui peut-être interprêté successivement par différents acteurs. En plus de scènes de combats brutales qui provoquèrent une ruée dans les clubs de Krav Maga, le film se distingua par ses scènes d’actions réalistes et viscérales. Sur ces bases solides le premier volet initia plusieurs suites.

 

Le Sacre

sous le titre le sacre

C’est avec le deuxième film (“La Mort dans la Peau”- 2004) que la saga pris son envol définitif en exacerbant l’aspect viscérale et violent du premier volet. Ce saut qualitatif est l’œuvre du nouveau réalisateur aux commandes: Paul Greengrass. Issu du documentaire, le cinéaste anglais se réapproprie définitivement la franchise en poussant le curseur encore plus loin en terme d’urgence, de réalisme et de violence. Prolongeant le travail initié par John Mc Tiernan, Greengrass importa dans le film d’action les codes du documentaire à base de caméra portée, de découpage à la hache et de cadres dérangés. Illustrant parfaitement l’état d’esprit de son personnage principal, déboussolé et en quête de lui-même, sa mise en scène immersive tape dans le mille. Les coups font mal, le sang coule et la tôle se froisse avec fracas. Dans le même mouvement, il fait de son héros une figure tragique, condamnée à la solitude.

“La Vengeance dans la Peau” (2007) est le chef d’oeuvre. En état de grâce, convaincu de signer le dernier volet, Greengrass grille toute ses cartouches pour livrer de gros morceaux de cinoche avec notamment cette poursuite à pieds sur les toits de Tanger qui a été maintes fois copiée depuis et clot la boucle de manière convaincante. Bourne ayant résolu le mystère de ses origines.

“Bourne – L’Héritage” (2012), non dénué de qualités, est surtout plombé par son titre mensonger. Très honorable en lui-même, il aurait tout simplement dû s’appeler autrement. Son principal mérite: avoir prouvé que la saga était indissociable de Matt Damon et de Paul Greengrass. Sans ce quatrième volet bancal nous n’aurions sans doute jamais eu droit au retour de notre agent taciturne préféré.

La Fin d’un Monde

sous le titre fin dun monde

Quel bonheur de retrouver Matt Damon neuf ans plus tard dans son rôle mythique! A nouveau dirigé par Paul Greengrass, ce cinquième film, sobrement titré “Jason Bourne”, fait figure de haie d’honneur, de dernier tour de piste. Et quel tour!

Loin d’être le meilleur segment, le film tient cependant toute ses promesses. Alors que nous avions quitté Jason Bourne à la fin de sa quête, le scénario (co-écrit par Greengrass lui-même) le remet ici dans la course par un Mc Guffin légèrement tiré par les cheveux mais cependant convaincant tellement le tout est soigneusement emballé et joué avec conviction.

Chien errant à moitié clochardisé, Bourne remonte en selle suite à une révélation de son amie Nicky qui va ajouter à sa nouvelle quête une charge émotionnelle bienvenue. Bourne ne se bat plus pour survivre mais pour se venger. Conscients que l’effet de nouveauté s’est estompé, et que du temps est passé, les scénaristes ont veillé à intégrer leur héros dans notre époque. Le monde a changé et le film utilise intelligemment cette nouvelle donne. Sur fond de surveillance généralisée et de trahison des élites, Jason Bourne est presque une figure anachronique. C’est ce qui le rend émouvant. Au sein de la CIA, la vieille garde est symbolisée par un Tommy Lee Jones au visage buriné adepte des méthodes musclées. Il fait face à une Alicia Vikander qui, formée dans les plus grandes universités américaines, privilégie la manipulation psychologique. Le conflit qui les oppose est bien amené et passionnant. D’où le sentiment d’assister à la fin d’un monde qui livre ses dernières convulsions.

Dans le rôle de “l’homologue” de Jason Bourne, Vincent Cassel est une évidence. Son visage en lame de couteau, son animalité, en font l’ennemi de Bourne le plus convaincant de la saga. D’autant plus qu’il tient ici un rôle majeur dans l’intrigue. Le mano a mano final, crade et violent, conclut avec panache le voyage du héros.

Les figures habituelles sont là, avec des scènes d’action qui, à défaut d’être inédites, reprennent les figures des précédents volets en les poussant plus loin, plus fort et à plus grande échelle comme cette poursuite à moto, de nuit, dans les rues d’Athènes et la poursuite finale démente dans les rues de Las Vegas. Bien que parfois un poil illisibles, elles sont jouissives et délivrent une énergie cinétique folle. Seule pêche la musique qui, très étonnament, ne s’envole jamais et reste en deça de l’intensité des images.
Cadeau fait au public, tendu du début jusqu’à la fin, ce cinquième volet est  l’épilogue grandiose d’une saga mythique!

Fouad BOUDAR