Retour perdant

Objet filmique non identifié

jack-reacher-photo-1

Véritable proposition de cinéma, Jack Reacher, sorti en 2012, imposa un nouveau héros : taiseux, redoutable et sarcastique il est une espèce de cousin de Jason Bourne, l’humour en plus. Porté par un Tom Cruise comme toujours habité, le personnage convainc le public qui lui réserve un succès inespéré. En effet, ce n’était pas gagné d’avance : chiche en action, très bavard , le film emporte cependant l’adhésion grâce à un scénario efficace, des personnages fouillés et un réalisateur brillant : Christopher Mc Quarrie. Preuve de l’incroyable flaire de sa star, Tom Cruise, et de son goût du risque, Jack Reacher a été un pari payant.

Scénariste de formation (Usual Suspects notamment), Christopher Mc Quarrie pris avec Jack Reacher sa pleine dimension. Adepte d’un cinéma rugueux et old school, son style fait merveille et est en accord parfait avec le sujet. Privilégiant les personnages, les dialogues savoureux et les scènes d’action peu nombreuses mais percutantes, il tape dans le mille.
La nouvelle d’une suite avait de quoi m’enthousiasmer.

 Bidon de lessive

jack-reacher-photo-2

Initié par la star elle-même, cette suite fait montre, au contraire de son ainée, d’une frilosité surprenante. Faisant preuve d’une audace unique sur la franchise Mission Impossible en allant chercher pour chaque volet un réalisateur inattendu et talentueux, Tom Cruise convoque ici l’efficace Edward Zwick. Habile faiseur, Zwick nous a offert de belles péloches (Glory, Légendes d’Automne, Samouraï…). Ce choix « confortable » porte cependant préjudice au film qui souffre énormément de l’absence de Mc Quarrie, véritable architecte de la réussite du premier film.

Ce second volet, dans sa tentative de franchiser le personnage, a tout faux. Ici en service commandé, Edward Zwick n’a aucune proximité avec le sujet et se contente d’illustrer platement un scénario en pilote automatique qui ne parvient pas à nous tenir en haleine malgré sa tentative de donner à l’enquête de Reacher une charge émotionnelle supplémentaire. On est en face d’un produit Hollywoodien standard et soporifique.

Mais le plus frappant est le changement de caractère du personnage principal par rapport au premier volet. Débarrassé de son côté bad ass, il passe même au second plan parfois au profit de sa sidekick féminine jouée par la sublime Cobey Smulder. Bourru, mutique et extrêmement dangereux dans le film de McQuarrie , Reacher est ici tiède et dévitalisé.

Cruise aurait dû être plus audacieux et confier le bébé à un metteur en scène plus pêchu. Supporté par aucun effet spécial ni grosse scène d’action orgiaque, c’est le type de film qui ne fonctionne qu’avec un véritable auteur à la barre.

C’est le premier faux pas de Tom Cruise. En plus de 30 ans de carrière je lui pardonne volontiers. Vivement Mission Impossible 6.

Anti-thèse du premier volet, cette suite paresseuse nous offre un Jack Reacher qui a perdu de sa superbe et qui aurait dû obéir à son titre : ne jamais revenir.

Fouad Boudar