Illusions perdues

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Monet peignait des meules de foin encore et encore, Warhol multipliait les Marilyn Monroe, Woody, le cynique, quant à lui, se réfugie dans le jazz. Mais dans quels buts exactement ? Pour Monet, c’était une volonté de figer à jamais les différentes lumières qui venaient frapper un même endroit. Pour Warhol, il s’agissait de parler du vedettariat et de la consommation. Que veut dire Allen quand il revient avec la même mise en scène dans plusieurs de ses films ? Un exercice de style sur « la non surprise » ? Sur la « répétition cinématographique » ? Nous savons qu’il n’en est rien. Autrement dit, comment vibrer devant une peinture romantique quand la signature de l’auteur recouvre tout le tableau ?

Le fait est que le public n’est jamais sevré d’histoires sentimentales, encore faut-il qu’elles soient originales. En ce qui concerne le Woody Allen millésime 2014, c’est le cas, si ce n’est que le film est plombé par un rythme et un scénario qui minorent l’émotion et sacrifient l’amour naissant entre Firth et Stone. Le quasi monologue d’une heure trente de Stanley Crawford, alias Colin Firth ressasse jusqu’à l’écoeurement une seule et unique chose. Certes l’auteur est, comme à son habitude, très à l’aise avec les mots et manie avec dextérité l’humour mais le spectateur sort de l’exercice complètement vide. Le cinéaste new yorkais ne prend aucun risque et fait ce qu’il sait faire sans se réinventer.

« Magic in the Moonlight » est un film à aller voir sans attente réelle si ce n’est la performance des comédiens, Colin Firth et Emma Stone. L’interprétation de l’acteur britannique vaut comme souvent à elle seule le déplacement, Il campe avec justesse un personnage excentrique pourvu d’un humour très noir et d’une vision fort pessimiste. C’est bien évidemment lui le porte-parole des pensées de l’auteur. Cependant,  Colin Firth arrive à effacer le discours personnel du cinéaste grâce à son talent. Face à lui, l’actrice fétiche des adolescents, Emma Stone, quant à elle, parait dépassée par les évènements. Son personnage n’est pas du tout exploité, il ne sert qu’à donner la réplique à son partenaire, ce qui est dommage et assez étrange lorsque l’on sait que sa place est capitale dans la réflexion et dans les choix du personnage de Crawford.

On peut donc se poser une autre question sur les choix de Woody Allen : Blanchett, Firth, Stone, Ricci, Page, Eisenberg, Cruz, Bardem, Johansson, Benigni, tout le monde passe dans le club de jazz du réalisateur américain, mais qui en tire le plus de profit ? Est-ce que ses films auraient autant de crédit si ces bons acteurs n’illuminaient pas l’affiche ? Un long métrage qui plaira aux conservateurs pro-Woody, à tous ceux qui n’ont jamais vu un film du maître voire aux amoureux des beaux paysages et du monde bourgeois-arty. Nous pouvons donc tirer une conclusion sous forme de métaphore ; Allen nous propose un film par an comme mémé nous propose son plat traditionnel au repas de famille annuel, parfois il est relevé mais souvent il est fade tout en restant le même plat. Il est comme un passage obligé un peu lassant parce que mémé c’est comme pépé Woody, ils radotent !

GILLES PREVOT