Il n’y a pas de mode si elle ne se fait pas descendre dans la rue

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Après une rupture amoureuse, une créatrice de mode aussi excentrique qu’antipathique, Alicia Ricosi (Fanny Ardant), renonce à sa prochaine collection. Très vite, tout l’avenir de la marque est menacé. Le PDG, un certain “Alan” (Laurent Stocker), charge son bras droit de résoudre ce conflit en trouvant un autre partenaire à sa divine créatrice.

C’est alors qu’intervient Marina Hands, alias Hélène Birk, qui aura au moins le mérite de nous faire distinguer très directement ce qui est de l’exagération de ce qui est de la satyre amusante.

Le personnage d’Hélène est une jeune femme frigide et aigrie. Rongée par sa conquête professionnelle, elle est prête à tout pour satisfaire son boss et son besoin de pouvoir. Le plus souvent, elle mentira à sa hiérarchie avant de résoudre les conflits elle-même. Jérôme Cornuau déploie alors un montage clair, vif, très elliptique, assez surprenant dans ce genre de films, mais toujours dans l’idée de suivre le personnage de Marina Hands, déterminée à assoir par contraste le pouvoir charismatique de Laurent Stocker.

Si « Chic ! » semble cliché et trop peu subversif, on retiendra tout de même deux performances écrasantes que sont celles de Laurent Stocker et de son exact opposé, Eric Elmosnino.

Tout en nonchalance, ce dernier incarne un paysagiste (“un homme simple mais vrai”) flânant dans ce décor superficiel, auquel il va tout de même s’adapter puisqu’il devient cette touche d’authenticité qui manque tant à l’univers de la mode. Il devient alors la muse d’Alicia Ricosi, une Fanny Ardant qui n’a plus rien à inspirer.

De cette improbabilité, Jean-Paul Bathany (le scénariste de beaucoup de comédies françaises comme celle-ci) choisit de nous marteler une histoire amoureuse complètement hypocrite entre Hélène Birk, la “modeuse” parisienne névrosée, et son paysagiste breton apprenti muse.

Laurent Stocker, connu surtout pour une carrière admirable au théâtre, domine tout le film par une présence et une énergie, qui rend son personnage ridicule mais incroyablement drôle. Totalement égocentrique narcissique, il ne vit strictement que pour lui. Il ne voit que sa carrière en jeu à travers tous les dilemmes du film.

Même si son personnage est volontairement exagéré, on sent une sorte de vérité malsaine qui rend au terme “cliché” ses lettres de noblesse. Alan est un corbeau, il se plaît d’ailleurs à imiter cet oiseau macabre.

« Chic ! » montre assez adroitement cette dualité entre un monde qui est fantasmé et en même temps particulièrement immonde. C’est au spectateur de saisir ce qui est vrai de ce qui satyrique, mais le mystère autour du cercle très fermé de la mode n’a jamais été aussi palpable.

On retiendra ainsi que même si l’idée était très belle, vouloir contredire les nombreuses études sociologiques à ce sujet et faire tomber amoureux une jeune femme frigide et un pépiniériste bourru pour finir sur une somptueuse idylle bretonne, c’est d’une naïveté déconcertante. Les deux personnages commencent par se détester et ils auraient dû, au moins par décence, continuer jusqu’à la fin du film.

On salue pourtant la performance de seconds rôles qu’on aime revoir régulièrement comme l’excellente critique incarnée par Catherine Hosmalin, Philippe Duquesne (dans le rôle du collègue jardinier) ou encore India Hair, dans le rôle de la fille 100% Bretagne.

« Chic ! » se rattrape également avec ses dialogues qui constituent la plus agréable des surprises que vous pourriez dénicher cette année dans une comédie. Si vous ne prêtez guère attention à l’histoire, vous allez au moins rire de bon cœur à certaines répliques qui pourraient devenir cultes si le film était plus connu.

Et rire fait terriblement du bien en ce moment.

Virgile Lambeaux