Hippocrate dissèque l’hôpital

La rédaction d’E-Clap était tellement impatiente de vous faire découvrir « Hippocrate » qu’elle n’a pas pu attendre le 3 septembre -date de sortie en salles- pour vous dire tout le bien qu’elle pense du film. C’est pourquoi elle vous offre dès aujourd’hui la critique de Louis Hecquet.

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On a peut être trop tendance à penser que l’hôpital est un lieu de certitudes. N’y allons nous pas pour avoir des réponses, nous faire soigner, guérir ? On découvrira dans Hippocrate que l’hôpital est aussi un lieu qui laisse place au doute, un lieu de questionnements. Les médecins sont loin d’être tout puissants, a contrario de l’image parfois véhiculée dans les fictions hospitalières, House la première, qui sacralisent trop vite le soignant. La réalité est toute autre.

 

Thomas Lilti est on ne peut plus légitime pour nous parler de la médecine, puisqu’il est lui même médecin généraliste. Quand d’autres galéraient sur les bancs de la fac, il réalisait déjà des courts métrages en parallèle de ses études ! Hippocrate est son second long-métrage derrière la caméra.

 

Le film a été tourné en situation réelle, dans un établissement où Thomas Lilti a lui même pratiqué. Hippocrate brille par son effet d’authenticité et sa capacité à retranscrire à l’écran l’atmosphère toute particulière d’un service hospitalier. L’équilibre entre les moments de rush et les phases de latence, les tensions internes et les moments de communion. L’affection que porte le réalisateur pour la médecine et l’hôpital est perceptible. Il a su éviter le pathos et les bons sentiments, et délivrer une vision juste et sincère de cette institution.

 

L’effet de réel et la justesse du film reposent aussi sur le casting, en tout point excellent. Vincent Lacoste interprète Benjamin, tout jeune interne bourré de certitude, qui va comprendre sur le tas que médecine et dilettantisme s’accordent mal. Il va apprendre à travailler en équipe et à accepter la contradiction, qui viendra notamment d’Abdel, médecin étranger Faisant Fonction d’Interne, interprété par un Reda Kateb toujours plus charismatique. Plus expérimenté, plus réfléchi aussi, Abdel agit avec sagesse et retenue quand Benjamin veut faire vite, faisant parfois preuve d’un orgueil mal placé. Plus habitué aux comédies, Vincent Lacoste exprime un talent certain pour interpréter un personnage qui intériorise davantage qu’il ne montre. Le duo qu’il forme avec Reda Kateb fonctionne très bien.

 

L’exigence de vraisemblance du réalisateur/médecin est satisfaite grâce à un habile casting, qui mêle acteurs et professionnels de santé, et aux conditions de tournage. Mais Hippocrate n’est pas un documentaire. L’histoire et les rapports entre les personnages sont romancés. Peut être un peu trop. On peut regretter le traitement manichéen des enjeux soulevé par le film. Thomas Lilti réussit tout de même avec Hippocrate à retranscrire avec justesse un univers ultra codifié, celui des hôpitaux, et à nous tenir en haleine grâce à un scénario intelligent et captivant.

 

Louis Hecquet