Un rêve américain

514422.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

A plusieurs reprises, nous verrons Claude Lherminier (le personnage interprété par Jean Rochefort) confortement installé en première classe dans un avion à destination de la Floride ». L’évocation du lien avec l’Amérique se fera par ailleurs par le truchement d’autres éléments : le jus d’orange (qui doit provenir exclusivement d’oranges cueillis en Floride), la voiture que la fille de Claude fait réparer est une « Floride », etc… Etrange cette attirance avec l’Amérique. Est-ce le choix du personnage ? Est-ce une motivation secrète du réalisateur qui a modifié la structure de la pièce en ajoutant notamment la partie dans l’avion ? Et ainsi montrer son attirance et son admiration pour une certaine comédie américaine.

Car  pour la première fois depuis que Philippe LeGuay réalise des films, c’est à dire depuis 1989 lorsqu’il signe sa première réalisation « Les deux Fragonard », il s’autorise à adapter une pièce de théâtre, une pièce contemporaine « Le père » écrite par Florian Zeller, même s’il en assure le travail d’adaptation, en ajoutant des situations, en développant des personnages. D’autant plus étrange que le titre est changé et il devient « Floride », plus énigmatique pour un spectateur ne sachant rien du sujet du film.

Mais c’est un projet qui ne fut pas simple à monter. Pas vraiment d’un point de vue financier, le film précédent du réalisateur ayant atteint 1,1 million de spectateurs, cela a dû faciliter le montage financier du film. Il était nécessaire à Philippe LeGuay de trouver l’acteur susceptible d’interpréter le personnage de Claude. Il lui a fallu attendre près d’une année pour obtenir l’accord de Jean Rochefort, qui a longtemps hésité et demandant même des changements au niveau du scénario, notamment du ton adopté, en suggérant d’introduire des dialogues plus « mordants », plus « vifs », voire plus « grivois ». Et le résultat est certainement à la hauteur de l’attente de l’auteur. Rochefort fait merveille dans ce rôle. Peu d’acteurs sont capables d’obtenir de tels résultats.
Pour contrebalancer le jeu de Rochefort, LeGuay a eu l’excellente idée de choisir Sandrine Kiberlain pour interpréter la fille de Claude.

Une des composantes de la direction d’acteurs repose sur le choix et la distribution des rôles pour un film. Encore faut-il que le matériau fournit aux comédiens soit de nature à satisfaire l’appétit des comédiens, notamment des grands comédiens. Et le matériau ici est suffisamment riche : légéreté du ton face à la gravité du sujet (la maladie d’alzheimer), dialogues savoureux, situations cocasses, jeu sur le réel et l’illusion (notamment les séquences en avion),…

Les scénaristes ont fourni aux comédiens de quoi satisfaire leur appétit, et aux spectateurs le plaisir de suivre l’évolution des relations entre les personnages. Mais c’est là que le bât blesse, le réalisateur se repose trop sur le scénariste. Et bien des séquences, pour jubilatoires qu’elles puissent être, n’apportent rien au récit. Le film aurait gagné à être raccourci, le rythme plus vif. Et quitte à lorgner de l’autre côté de l’Amérique, il aurait fallu aller plus loin dans l’admiration, et quitte à s’inspirer des grandes comédies américaines, il aurait fallu insuffler un peu plus d’énergie dans la mise en scène pour la mettre à la hauteur du jeu de ces deux immenses comédiens que sont Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain.

Christian Szafraniak