Le convoi des braves

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« En mai fais ce qu’il te plaît » est le quatrième long métrage de Christian Carion, en près de 15 ans. En dehors de son premier film « Une hirondelle a fait le printemps »(2001), ses réalisations évoquent la guerre : la première guerre mondiale dans « Joyeux Noël » en  2005 la guerre froide pour « L’affaire Farewell » en 2009 et la seconde guerre mondiale pour « En mai… », sorti sur les écrans en novembre 2015, six années après le précédent. Mais le film est le fruit d’un long travail de préparation et de recherches. Le titre choisi n’évoque pas, a priori, cette période de l’histoire du XXème siècle, le sens du titre en est donné à un moment par un des personnages. Et plus précisément, il évoque la période de l’exode de 1940 dans le Nord de la France, et plus précisément encore, dans un village proche d’Arras. Christian Carion est parti des souvenirs de sa mère et de sa famille, ce genre d’histoires que l’on raconte dans les repas dominicaux ou lors des événements qu jalonnent l’histoire des familles (baptêmes, communion, etc…). Selon la tradition de la famille Carion, le mois de mai 1940 fut l’un des plus beaux moments de la vie de la mère du réalisateur, il faisait chaud, très chaud même, elle était éclaireuse en bicyclette (à l’instar de l’institutrice du film), ils dormaient à la belle étoile. Aux souvenirs familiaux, Christian Carion a rajouté le résultat des souvenirs recueillis dans la phase de préparation du film, qui a durée prés de deux années, avec l’aide de France 3 nord pas de calais. Le scénario est donc le fruit des souvenirs familiaux du réalisateur et de ceux qui ont vécu cette période dans la région Nord. Ainsi la plupart des séquences figurant dans le film ont été peu ou prou vécus par les habitants de cette région.

Mais contrairement à « Joyeux Noël » qui fut tourné en majeure partie en Roumanie, et très peu dans le Pas de Calais, cette fois le réalisateur contraint les producteurs à choisir le tournage en région Nord, et pas en Roumanie ou en Bulgarie comme ils le souhaitaient pour des raisons budgétaires, avec le désir de réaliser une sorte de western avec des chevaux, des chariots et des grands espaces. Et il tenait à ce que les figurants soient des gens de cette région, et mieux encore, qu’ils soient des descendants des familles qui avaient vécu cette histoire. Et le tournage en région, bénéficiant d’un soutien financier régional, permet également l’emploi de techniciens du cinéma émanant de la région.

En dix ans, Christian Carion dispose d’une meilleure assise dans le paysage cinématographique hexagonal, avec des succès en salles non négligeables : un peu plus de deux millions d’entrées pour « Joyeux Noël », 3,8 millions d’entrées pour « Une hirondelle… ». Cela lui permet d’aligner des budgets confortables pour les produire : 18 millions d’euros pour « Joyeux Noël », 17,7 millions pour « L’affaire Farewell », un peu moins pour « En mai.. » 12 millions, peut être dû à l’insuccès relatif du précédent (avec 768 000 entrées). Et comme les films précédents, c’est la société Nord Ouest films qui prend en main la production de ce film, société dirigée depuis sa création pour un autre nordiste, Christophe Rossignon. Ce budget est inférieur à ceux des deux films précédents, en dépit de deux années de préparation, des trois de tournage et des images de synthèse utilisées à plusieurs reprises dans le film.
Côté comédien, de même que pour « Joyeux Noël », dans lequel jouait Dany Boon, c’est à Jacques Bonnafé que l’on accorde une place au générique, dans le rôle d’un agriculteur, malheureusement pas un des premiers rôles de ce film, malgré sa solide prestation, comme il se doit avec ce grand acteur, c’est à Olivier Gourmet qu’échoit un des rôles majeurs du film, celui du maire de ce village.
Pour montrer l’intérêt que porte le réalisateur à cette histoire, un livre paraît en juillet dernier aux éditions Flammarion, co-écrit avec Laure Irrman.

Malgré toutes les (bonnes) intentions de l’auteur, son investissement personnel, l’implication des comédiens et celle (évidente) des figurants, le résultat n’est pas à la hauteur de toutes ces intentions. On retrouve dans ce film les mêmes travers que dans les films précédents, insistance sur l’aspect émotionnel, une certaine naïveté des personnages, un manque de souffle, une énergie insuffisante. Et cerise sur le gâteau, des images de synthèse mal intégrées dans les images tournées par les caméras, notamment lors du bombardement des places d’Arras par les avions allemands.

Christian Szafraniak