En guerre contre la loi du marché

Shooté en 23 jours avec, hormis sa tête d’affiche, un casting de non-professionnel et une volonté marquée de se rapprocher le plus près possible de la réalité d’un système économique inhumain, Stéphane Brizé livre, à la fois une suite et une variation de « La Loi du Marché ».
Ici, comme son titre l’indique, le ton du film est beaucoup plus énergique, l’ambiance générale, effervescente et bouillante puisque le cinéaste nous plonge aux côtés de salariés injustement licenciés d’un point de vue moral et qui vont lutter corps et âme face à un monstre patronal à la logique capitaliste implacable. La volonté affichée ici n’est pas de frapper à grands coups de masse sur les acteurs de ce système mais plus de pointer le fait que le salarié est devenu une variable marchande au profit de la rentabilité sans que l’aspect humain ne soit plus pris en compte. L’incompréhension est totale et le sentiment d’injustice qui naît chez le spectateur ne cesse d’augmenter, faisant naître la flamme de la colère et du désespoir face à ces images de lutte entre ceux qui veulent se faire entendre par tous les moyens et ceux qui ne sont plus que des exécuteurs apathiques. Brizé a voulu comprendre cette escalade de la violence produite, parfois, par des mouvements sociaux. La lecture est implacable, à l’image d’une mouche pris dans une toile d’araignée, le salarié se débat comme un beau diable jusqu’à être englouti par une machine que plus personne ne semble contrôlée.

Car tout y passe. D’un gouvernement qui ne contrôle plus l’action des investisseurs à des médias uniquement en quête de sensationnel en passant par une justice aveugle à la détresse humaine, tout est fait pour que l’employé soit broyé dans cette machine à engranger les profits. Et c’est sans doute ça, la plus grande force du film, offrir une vision objective et implacable de ce qui se passe lorsque la télé est éteinte en soignant chacun de ses protagonistes sans que l’un d’entre eux n’ait à tenir le rôle du méchant. Subsiste alors juste ce fait que certains acteurs de ce système ne vivent sans doute plus dans le monde réel mais pour autant, Brizé n’en fait pas des accusés.
Loin de faire une redite de son précédent film, « La Loi du Marché » (celui-ci était empreint d’une résignation terrifiante alors que le ton est, ici, beaucoup plus furieux), le réalisateur Stéphane Brizé livre une oeuvre importantissime qui nous plonge au coeur d’un combat filmé au plus près de l’action par une caméra obstinée et captant chaque étincelle susceptible d’allumer la flamme qui couve.
Avec, en prime, un Vincent Lindon qui fait des merveilles en figure syndicale intègre et acharnée, « En guerre » est un coup de poing dans la gueule, du cinéma-vérité qui se veut neutre tout en étant engagé dans ses choix de montrer les combats du quotidien aujourd’hui en France.

 

Cyprien Pleuvret-Landy