Echangistes

21028401_20130814165213542.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Une étrange sensation nous étreint à la sortie de la projection du nouveau film de John Turturro. L’acteur fétiche de Spike Lee et des frères Coen n’est certes pas un néophyte dans la carrière de réalisateur ; en leur temps «Mac» et « Illuminata» avaient laissé d’excellents souvenirs. Aujourd’hui, une vague impression de coquille semble s’être glissé sur l’affiche : à la place de : un long métrage de John Turturro avec Woody Allen, il parait plus crédible de comprendre l’inverse. Tout ici suinte l’univers du chantre de Manhattan ; scénario, lieu de tournage, dialogues faussement à l’emporte-pièce, jeu de langage et répliques culte, culture judéo-new yorkaise…  Jusqu’à la bande son résolument jazzy, la patte d’Allen Stewart Konigsberg parait s’être posé sur l’œuvre. Un Woody Allen de retour dans son Brooklyn de jadis afin de concocter une comédie vintage, pourquoi pas ?

 

Mais tout ceci n’est qu’illusion. C’est bien du cerveau fécond de l’inoubliable interprète de «Fenêtre Secrète », où il éclipsait un Johnny Depp qui n’en pouvait mais, qu’est sortie cette petite comédie charmante au vague relent piquant. La légende hollywoodienne raconte que le papa d’Annie Hall a, par hasard, entendu le synopsis et a décidé d’inverser les rôles. Lui qui avait employé le comédien dans « Hannah et ses sœurs », son opus le plus bergmanien, a saisi l’occasion de redevenir simple acteur. Exercice rare chez lui, le dernier exemple en date étant le jubilatoire « Company Man » où jouait un certain… John Turturro. Comme quoi tout se tient dans le monde magique du septième Art !

21056978_20131112145927377.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Et dans la grande famille du cinéma, cette comédie invite au banquet d’agréables convives : le retour au premier plan d’une Sharon Stone qui n’a rien perdu de son souffle vénéneux et une grande première, les débuts outre-Atlantique de Vanessa Paradis. Car aussi incroyable que cela puisse paraître la copine de Jo le Taxi n’avait jusqu’ici jamais tourné dans une production américaine. Son rôle de veuve d’un rabbin en jachère sentimentale restera une des très bonnes surprises du film. Vous ajoutez à la distribution un époustouflant Liv Schreiber qui prouve qu’il vaut mieux que les blockbusters dans lesquels on le cantonne trop souvent et vous admettrez que le voyage ne peut se dérouler qu’en bonne compagnie.

Pas totalement une réussite -le rythme laisse souvent à désirer-, mais nullement méprisable -la mise en espace propose de jolies trouvailles-, «Apprenti Gigolo» se laisse déguster sans réticences. De là à parier sur une persistance rétinienne de longue durée, il y a un pas que nous ne franchirons qu’avec moultes précautions.

Regis Dulas

 

21056976_20131112145926736.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx