Du bruit, de la fureur, du sang... et des larmes.

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Le titre « Fury » fut déjà employé par des cinéastes, au moins à deux reprises, pas par n’importe quel cinéaste : d’abord en 1936, Fritz Lang pour son premier film américain, dans lequel Spencer Tracy, accusé à tort, est victime d’un lynchage puis en 1978 Brian de Palma pour un thriller politique interprété par Kirk Douglas et John Cassavetes. C’est dire que la barre est placé très haute si l’on se risque à vouloir utiliser un tel titre.
Cette fois, c’est David Ayer qui s’y confronte. David Ayer, scénariste, réalisateur et producteur a déjà à son actif plusieurs films d’action assez solide «Street Kings » (au bout de la nuit, avec un scénario de James Ellroy) et en 2012 « End of watch », interprété par le duo Jake Gyllenhaal et Michel Pena, acteur que l’on retrouve dans « Fury ».

Mais David Ayer quitte le monde de la nuit, les flics et les truands pour s’attaquer à un autre sujet, l’histoire d’un tank à la fin de la seconde guerre mondiale. Il assume une nouvelle fois les fonctions de producteur, réalisateur et scénariste, cette fois, le scénario est original. Il situe son film à la fin de la guerre, en avril 1945, alors que les forces alliées sont sur le point d’envahir l’Allemagne. Il est confié à un sergent expérimenté (qui a derrière lui plusieurs campagnes, France, Italie, etc…) une mission délicate près des lignes ennemies. Le sergent partira avec ce qui lui reste : un tank (le fameux « Fury »)  et cinq hommes, dont un novice, bien évidemment sous-équipés. Le film va relater les exploits de cet équipage hétéroclite qui tentera de mener à bien sa mission jusqu’au moment où ils vont rencontrer des forces ennemies en nombre très important.
David Ayer sait mener ses hommes à travers leurs aventures et exploits. Le film ne montrera pas que des scènes d’action entre militaires. Ce peu orthodoxe équipage s’arrêtera dans une ville allemande, dont ils viennent juste de se rendre maître. Le sergent expérimenté laisse ses hommes s’amuser à l’exception du plus jeune, le novice, à qui il demande de le suivre dans une des maisons du centre de cette ville. Tous deux vont y faire irruption et découvrir que seules deux femmes y vivent, dont une très jeune. Après un moment de tension, les deux hommes laissent tomber leurs armes et restent un moment auprès de ces deux hommes, au point de nouer une idylle entre les deux jeunes (l’allemande et l’américain). On sent le réalisateur moins à l’aise dans cette scène où tout repose sur les regards, les gestes et non sur la violence, les coups, les mouvements de caméra, un montage rapide, l’humour,

Pour terminer l’odyssée de cet équipage hétérogène et pour prouver et éprouver l’héroïsme de ces cinq hommes, un affrontement hors du commun mettra face à face notre tank fort abîmé (il n’est plus en mesure de se déplacer) et une partie de l’armée allemande en déroute, mais en nombre bien supérieur à ceux de nos valeureux soldats américains. Qu’à cela ne tienne, alors que ses hommes sont sur le point de tout laisser tomber et d’abandonner leur engin mécanique en piteux état, le sergent harangue ses hommes, il ne réussit à convaincre dans un premier temps que le novice puis le restant de ses hommes. Alors que la troupe germanique passe à côté de ce qu’il pense être qu’une épave, l’on assiste au réveil de la machine et la confrontation quasi dantesque de cette poignée d’irréductibles, de ces têtes brûlées qui composent  ce poste avancée de l’armée américaine. Afin d’accroître l’effet sur le spectateur et de rendre le spectacle grandiose, l’assaut final aura lieu la nuit, ce qui permet d’utiliser d’effets de lumière, d’employer les moyens pyrotechniques, les fumigènes, de mêler ainsi le rouge, le noir et de composer un tableau presque dantesque. Ainsi l’affrontement final ne manque pas de panache, de souffle.

Le film est servi par un un groupe d’acteurs emmenés avec fougue par Brad Pitt, qui est par ailleurs, co-producteur de ce film. A ces côtés, Shia Lebeouf et Michal Pena l’assistent sans avoir à rougir de leur prestation.

Mais le film est desservi par Logan Herman, dans le rôle du novice et par le discours « religieux » qui parcourt tout le film, au point d’avoir affublé un de membres du surnom de « bible », car il a en permanence son exemplaire des saintes écritures, même dans le tank. Les citations à caractère biblique nous sont délivrées pratiquement dans chaque séquence, jusqu’à la « fameuse » dernière. De même, le discours redondant de la guerre sale, mais nécessaire. D’autres cinéastes n’auraient pas eu recours à ce genre de procédé, Samuel Fuller dans son « The big red one » (Au-delà de la gloire), ou encore Sam Peckinpah dans son incroyable « Cross on iron » (Croix de fer, 1977), pour ne citer qu’eux.

 

Christian Szafraniak