"Diversion", quand Pinocchio rencontre Barbie

Si Will Smith manquait à ses fans, il aurait peut-être été judicieux de choisir un peu mieux son retour. Dans « Diversion » (« Focus » aux Etats-Unis), Glenn Ficarra le met dans la peau de Nicky, un arnaqueur professionnel – entre le Georges Clooney dans « Ocean Eleven » et le magicien Gérard Majax.

Nicky rencontre un jour Jess, une Bimbo qui répètera tout au long du film – tellement de fois qu’on finira par s’en convaincre – qu’elle n’est pas une “pouffe de course”. Nicky, lui, un homme très rigoureux, ne laisse habituellement de place ni à l’imprévu ni à l’amour. Mais là, c’est différent. Jess “n’est vraiment pas comme les autres”, elle a de l’emprise sur cet arnaqueur. On est bien d’accord, on parle toujours de Will Smith.

A coup de longues scènes, on le voit enseigner à Jess devenue sa collaboratrice que l’attention est le point faible du cerveau humain. Il apparait comme le PDG de toute une entreprise de voleurs qui prennent soin de leurs butins pour mieux les revendre, et cela pour ressembler à une entreprise honnête. Chaque membre de cette organisation autoproclamée « criminelle » est d’ailleurs tellement honnête qu’il ne volerait jamais une malheureuse bague à des fins personnelles.

Très vite, le film bascule dans la comédie romantique à l’américaine, avec ses longues déclarations d’amour et d’aveux, Nicky confessant sa lutte avec un père trop autoritaire. Et comme si ce n’était pas suffisant, il faut aussi que le spectateur soit dupé, comme l’est régulièrement l’un ou l’autre des personnages. Des cercles de mensonges s’accumulent et se confondent. Perdu dans un « Inception » de série B, le spectateur ne sait plus qui croire. Trop de surprises s’additionnent pour qu’elles soient vécues comme telles. On encaisse comme un Will Smith qui, même après une balle dans le poumon, se relève encore plus amoureux (ou pas). C’en est trop. On arrête de réfléchir à un semblant de scénario.

Oh bien sûr, on voit que tous les acteurs se sont bien amusés. Glenn Ficarra offre ainsi à Margot Robbie – la belle de « The Wolf of Wall Street » son premier gros rôle. Et même si elle serait tout aussi charismatique dans « La Minute Blonde », on accepte quand même pour le plaisir des yeux. De son côté, Will Smith revient un peu vieilli pour ne pas dire rouillé, et … “c’était mieux avant”. On croirait voir De Niro dans « Malavita ». On comprend un peu mieux alors son surnom “La Guimauve d’Harlem”. Avant, quand il crânait avec ses lunettes de soleil au volant d’une Viper, c’était au moins dans un film dont le scenario se tenait, où l’acteur pouvait laisser libre cours à son aura naturelle. Ici, on l’imagine en père bienveillant voulant que sa fifille partage le premier rôle avec lui.

Que dire enfin de tous ces pigeons que les deux personnages arrivent à embobiner : du parieur chinois prêt à jouer des millions à l’espagnol véreux qui dirige une écurie de F1. Tout est dans la demi-mesure, rien n’est trop cliché apparemment dans « Diversion ».

Entre une histoire d’amour qui prend finalement le dessus sur tout un flot de numéros de magie ridicules, ce film d’arnaque manque cruellement de crédibilité. Son réalisateur Glenn Ficarra nous avait pourtant habitués à mieux. Sa collaboration avec John Requa avait donné des films très différents comme « Crazy Stupid Love » (2011) ou encore le très bon « I Love you Philip Morris » (2009). Ici, nous n’avons qu’un réchauffé de Will Smith agrémenté d’une actrice à la plastique de rêve, que des histoires de mensonges, des twists improbables, des trahisons, deux-trois scènes d’actions – trop peu peut-être.

« Diversion » porte bien son nom sur les programmes de cinéma. On aimerait voir autre chose.

Virgile Lambeaux