Dee Day

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Si vous vous attendiez à la présence d’un dragon au faciès de Falcor comme dans « L’histoire sans fin », vous serez déçus. Sachez que le cinéma asiatique se heurte au problème de traduction et à l’européanisation des titres de son cinéma, ainsi 狄仁杰之神都龙王, le titre du film : Détective Dee 2 : La Légende du Dragon des mers est déjà erroné, ce film traduit en anglais par « Young detective dee » nous met sur la voie, de même que le caractère lóng ne signifie pas seulement dragon mais aussi empereur. Il ne s’agit donc pas à proprement parlé de la légende d’un dragon. Ce « Detective Dee II » est un prequel à l’opus précédent Detective Dee : Le mystère de la flamme fantôme . Qu’en est-il du film ?


Tsui Hark, scénariste, réalisateur et producteur émérite du cinéma hong-kongais nous en met plein la vue comme à son habitude ! Maîtrisant le sujet Wu Xia Pian (film de sabre) de façon moderne; il n’a plus depuis longtemps à faire ses preuves et parmi sa filmographie nous retiendrons la saga « Histoire de fantômes chinois » et « Il était une fois en Chine » (1,2,3,5) ou encore « 7 Swords » ou « Dragon Gate , la légende des sabres volants ». Tsui Hark nous livre ici une perle sur fond d’intrigue, d’enquête policière, de complot, de manipulations du régime impérial, de corruption des élites, comparable au premier opus sorti et inspiré du roman de Lin Qian-yu basée sur l’histoire d’un vrai magistrat (le juge Ti) qui officiait au temps de la dynastie Tang, au VIIe siècle.


Les costumes sont magnifiques, broderies, soie, dentelles, le film est riche en couleurs, clair, lumineux, l’utilisation de la lumière est intense, les décors sont simples mais grandioses, des scènes surréalistes comme le cheval qui galope sur la mer nous émerveillent, de quoi ravir les amateurs du genre. Les acteurs collent parfaitement à leur personnage, certains regretteront peut être Mark Chao qui remplace Andy Lau en tant que détective Dee, mais Carina Lau campe à merveille son rôle d’impératrice.


Détective Dee recèle les particularités du cinéma hong-kongais, des plans originaux, cette sensation d’action maîtrisée jusqu’au bout des doigts, des chorégraphies époustouflantes, bref Luc Besson devrait en prendre de la graine. Et même si certains se disent : « quand tu as vu un film chinois, tu les as tous vus » et bien je dis non pas tout à fait.
Oui on le sait, les films d’arts martiaux sont une histoire de ficelles (que l’on voit) mais ils sont si riches, ainsi on remarquera souvent, quand l’intrigue est au climax de son sérieux… une touche d’humour pointe le bout de son nez. Ici, l’intrigue de l’empoisonnement (grave et sérieuse) et de suite tournée en dérision grâce au remède proposé, à savoir de l’urine d’eunuque, de même que Dee, le héros, n’a pas peur de l’eau… mais… ne sait pas nager.
On pourrait de même être tenté faire un parallèle entre Sherlock Holmes et son acolyte Watson avec Dee et le jeune médecin chinois, il est vrai que ce film a un petit air d’adaptation des romans de Conan Doyle revus par Guy Ritchie, ou encore de « la belle et la bête » avec l’histoire d’amour entre Yin et son amant homme-poisson, mais la magie des contes et légendes chinois est bien présente !
Des combats épiques, des armes, un homme-dragon, une créature des mers, de la magie, du slow-motion utilisé à bon escient pour les scènes de combats, bref un régal pour les yeux !

Malgré un titre qui ne sied pas totalement au film, le scénario est impeccable, l’intrigue bien ficelée, le jeu des acteurs parfait. Tsui Hark et ses oeuvres sont des valeurs sûres, croyez-moi , les 2h14 passent très vite. Seul bémol : on pourrait penser que les effets numériques ne sont pas maîtrisés, je serais, pour ma part, tenté de croire que c’est un peu la marque de fabrique du cinéma hong kongais, celle de ne pas se prendre au sérieux ( voir à titre d’exemple« Crazy Kung Fu ). « Detective Dee » n’est donc pas à l’image d’un blockbuster américain surproduit et truffé d’effets spéciaux, ceux-ci sont utilisés avec parcimonie et permettent donc d’apprécier à sa juste valeur le travail chorégraphique. Un film aux couleurs d’un pays riche de ses légendes, à voir en VOSTFR pour profiter au maximum du jeu des acteurs.

 

MARJORIE LEMAIRE