Dead Man Walking

Demain sort les salles le nouveau film du duo Delépine/Kervern, nous avions hâte de vous en parler. En avant première, découvrez le texte de Marjorie Lemaire.

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NDE, ou Near Death Experience en version complète, si nous nous basons sur le titre ou la notoriété des créateurs, pourrait en décontenancer plus d’un, d’ailleurs le nom de Benoît Delépine évoque pour vous certainement en premier lieu l’univers parodique de Groland ou encore ce cousin sur grand écran que fut en son temps «Mikael Kael contre la World Company». Dès lors le spectateur peut se demander ce qui l’attendra lorsque la lumière s’éteindra dans la salle.Non, le film ne parle absolument pas de la NDE au point de vue scientifique il faut y voir surtout un jeu sur les mots, un jeu de la pensée.

Dès les premières minutes nous sommes dans le bain, une bande sonore composée d’opus de Schubert, Baudelaire en remerciement, ça y est, c’est sûr, ça va être glauque et noir. Nous avons affaire à une histoire narrée de manière très intimiste, avec un rendu exceptionnel mettant en avant la problématique du film.Loin d’en faire une analyse psychologique, le fait de ne pas voir le visage de la famille du héros, Paul incarné par le romancier Michel Houellebecq, pose le problème: dans notre société actuelle consumériste, individualiste, égoïste, nous sommes certes entendus mais rarement écoutés par l’entourage de chacun. A l’image d’un produit d’usage courant arrivant à date d’expiration, le personnage clef, à cinquante-sept ans est déjà obsolète aux yeux de la société. Il est rongé par le syndrome du burn-out, arrivé au point de non retour, il s’interroge sur sa vie, son bonheur. Petite pause, on réfléchit, on se questionne…

Le choix de Michel Houellebecq s’imposait naturellement, il est unanimement célébré comme un électron libre, corrosif, sombre, torturé, il incarne à merveille ce rôle d’un homme au bout du rouleau. Il transpire de justesse, de naturel. Filmé en Provence, les grands paysages, les montagnes barrant la ligne d’horizon sont en parfaite adéquation avec ce vide que ressent au fond de lui même cet homme.

Le scénario n’est pas tourné de manière classique, Le personnage est suivi au plus prêt dans son errance. Les séquences sont toujours très judicieuses, à titre d’exemple ce plan sur son ombre traduisant visuellement et littéralement la sensation qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même. Quant au soleil souvent à l’image c’est la lumière blanche au bout du tunnel, car le thème sous-jacent c’est bien le suicide, la mort, la fin…
Les auteurs ne tentent aucunement de se poser en zélateurs du suicide, ils nous livrent juste à l’état brut la description d’un gars paumé, ayant perdu le fil de son existence, loin de cette vie de bonheur satisfaisant aux critères de la société: un mariage, des enfants, un travail…

Et la bande son, me direz-vous; rien à redire sur le choix, Schubert  «la jeune fille et la mort», en l’occurrence, Black Sabbath, il fallait oser le mélange des genres! Cependant il n’y a pas que le thème du suicide, mais aussi le bonheur, la quête du bonheur, Paul le rencontrera en la personne d’Endorphine.
Endorphine, elle est belle, elle est gentille, elle est source de bonheur mais elle est surtout à l’image d’une drogue qui se paye très chère… Entre poésie et triste réalité, c’est un film à voir et à revoir pour en saisir toutes les subtilités. C’est une oeuvre qui fait réfléchir et renvoie à notre propre quête du bonheur, et nous questionne sur notre vie, sa dimension.
Benoît Delépine et Gustave Kervern ont abordé un sujet sensible mais bien réel avec une touche d’humour noir. NDE ou Near Death Experience est un titre qui se révèle parfait, l’Expérience proche de la mort.

MARJORIE LEMAIRE