Coup de maître...

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Son coup d’essai en 2011 avec « Angèle et Tony » fut un coup de maître. Pour son deuxième film, Alix Delaporte, si elle mise à nouveau sur les comédiens Clotilde Hesme et Grégory Gadebois, bouscule cependant les repères : du littoral normand, les voici projetés sur les bords de la Méditerranée. Ils ne sont plus « un », ni même deux, mais trois avec Victor, leur fils, qui a aujourd’hui treize ans.

Son père, chef d’orchestre, Victor ne le connait pas. Il vit seul avec sa mère dans une maison sur la plage. Un jour, il apprend que cet homme va diriger une nouvelle représentation de la Sixième symphonie de Gustav Mahler, pas très loin de chez lui. Il y va et assiste finalement aux répétitions. Ce saut dans l’inconnu – vers cet inconnu – est peut-être déclenché par l’annonce du déménagement mais aussi par des non-dits – Que cache sa mère ? – Et puis, il n’est pas insensible au charme de Luna, sa jeune voisine espagnole.

Victor découvre alors la musique classique, un monde qu’il ne connait pas, mais également un père, qui lui est tout aussi mystérieux.
Le garçon est un peu perdu face à ces deux adultes qu’il peine à comprendre. La réalisatrice s’attache à suivre l’évolution de Victor qui tente de s’en sortir entre un père absent et une mère qu’il découvre malade.

La force de « Dernier coup de marteau » est sa réalisation. Alix Delaporte montre à l’écran les hésitations, les troubles, les émotions des différents protagonistes, sans abreuver le spectateur d’une logorrhée. Bien au contraire, on y parle très peu. L’essentiel est ailleurs … par le geste. Le film repose davantage sur le « non-dit » et le  »caché », sur un art consommé de l’ellipse.

La musique y tient de fait une place capitale : les répétitions de l’orchestre à la fois créent une ambiance et donnent un rythme au film. « Dernier coup de marteau » et la « Sixième symphonie » brassent tous deux, et dans un même tempo, les thèmes de la rupture, l’introspection, les ténèbres, le destin, la mort … Malgré tout, si la réalisation et la partition convergent de nombreuses fois, Alix Delaporte se détache de l’originale par une tonalité moins grave, moins désespérée. Notamment par son dernier plan – que l’on ne vous dévoilera pas – Victor n’est pas indemne de ce saut dans l’inconnu et au final de ce combat avec les éléments, il en sort victorieux. L’ultime image est là pour en témoigner.

Si le choix de Clodilde Hesme fut une évidence pour la réalisatrice – avec cette troisième collaboration – il n’en fut pas de même pour celui de Gregory Gadebois dans le rôle du « père ». Et pourtant, la légitimité du sociétaire de la Comédie Française s’avère indéniable. Mais la vraie bonne surprise est la découverte du jeune Romain. Ce débutant toujours juste crève l’écran. Les jurés du Festival de Venise ne se sont pas trompés en lui offrant le Prix Marcello Mastroianni.

 

Christian Szafraniak