Ce que vivent les roses

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Un OVNI, il ne nous vient pas d’autres mots pour qualifier ce film. En effet, le premier long-métrage de fiction de Nicolas Castro, est un objet cinématographique pour le moins original. Bien qu’étant très documenté -logique lorsque l’on a à l’esprit que le réalisateur fit ses premières armes dans le documentaire-, il ne s’agit pas ici à proprement parler d’œuvre politique. Pas assez léger non plus pour être classifié comme un simple divertissement, quant à l’histoire d’amour, elle n’est pas assez développée pour que l’on y accole l’adjectif romantique. S’il fallait décrire « des lendemains qui chantent » ce serait un portrait. Et le portrait qui nous est brossé est d’envergure, c’est rien moins que celui de la France depuis le 10 mai 1981, date de l’élection de François Mitterrand, jusqu’au 21 avril 2002, jour historique qui a vu pour la première fois (si l’on met entre parenthèses le duel Pompidou/Poher en 1969) l’éviction, dès le premier tour, de la gauche aux élections présidentielles.

Outre la politique, le film aborde de nombreux thèmes sur l’évolution d’une société qui, à défaut d’avoir endigué le chômage de masse, aura opéré une révolution culturelle notamment sur le plan de la sexualité. Grâce à des plans aussi beaux artistiquement qu’intelligemment menés, le spectateur découvre ou redécouvre (question de génération) une époque riche de ses (dés)illusions à travers le prisme de trois figures emblématiques. L’intellectuel, tout d’abord, magnifiquement incarné par Pio Marmaï, droit dans ses bottes, probe et beau gosse. A ses côtés, son frère, «spin doctor » opportuniste issu du Trotskisme, interprété par un Gaspard Proust qui pour l’occasion compose un personnage très éloigné de son image médiatique. Enfin, pour compléter le trio, la militante qui emprunte les traits de l’ex top model Laetitia Casta engagée dont le cœur balance entre les deux frères.Tous de gauche par principe ou par éducation, ils verront, au cours des années, leurs grands idéaux agoniser au contact du principe de réalité.

Certes le film baigne dans une certaine nostalgie quelque peu morbide vis à vis du Mitterrandisme, reconnaissons toutefois qu’il y a un procès que les critiques ne pourront pas lui intenter c’est de dire qu’il tombe dans la facilité. En effet, de prime abord, nous aurions pu nous attendre à une charge contre le Front National, tarte à la crème utile, dernière légitimation de la Gauche chez certains artistes engagés. Nous avons donc échappé an couplet égalitariste moraliste et bienpensant. Grâces soient rendues au scénariste ! « Des lendemains qui chantent » c’est la chronique d’une tragédie, celle de trois personnes qui portaient au fond du coeur beaucoup trop de confiance en l’Etat ou un parti pour changer leurs vies. Récit passionnant et passionné d’un passage à l’âge adulte, une formidable invitation à se saisir de son destin sans céder à la tentation d’une tutelle quelconque.

« Des lendemains qui chantent » est donc un récit initiatique d’une grande richesse, traité avec bienveillance et humour. Nulle doute que quelque que soit son âge ou ses opinions politiques, le plaisir sera au rendez-vous.

FLORIAN THIEFFRY