Ennemis Intimes

 

en tête de larticle

 

Un rencard manqué

a mettre en dessous du titre il avait un rencard

 

Captain America est le héros plus intéressant et le plus émouvant de l’écurie Marvel. Ses origines et son parcours, favorisent à fond le processus d’identification. Loin de lui donner des facultés abracadabrantesques, ses super pouvoirs ne font que concrétiser de manière exacerbée les qualités humaines qu’il possède déjà au fond de lui, à savoir le courage et la force, tout en lui retirant la vie qui l’attendait.

La mort de son ami de toujours, son histoire d’amour manquée avec l’agent Carter et son sens du sacrifice (dans le sens premier du terme) finissent d’en faire un personnage émouvant et , dans une certaine mesure, tragique.

En toute logique il a généré les meilleurs films Marvel. Ceux en tout cas qui ressemblent le plus à des expériences cinématographiques et non à des bidons de lessive puisqu’ils supportent sans mal plusieurs visions. Impossible de revoir Avengers 2, par exemple, sans prendre de l’aspirine.

Après un premier volet solidement ficelé par Joe Johnston, la suite prit un tournant inattendu avec l’arrivée à ses commandes de deux inconnus : les Frère Joe et Anthony Russo. Venant de la comédie (la série Community et un seul film : Moi et Dupree) rien sur leur CV ne les prédisposaient à diriger un Marvel bourré d’action. Le Soldat de l’Hiver (2014) fut une excellente surprise. Sous ses atours de thriller paranoïaque il proposa un divertissement de qualité aux scènes d’action extrêmement efficaces.

 

Guerre intestine

pour illlustrer

Cette nouvelle orientation de la franchise est confirmée par ce troisième volet d’une ampleur et ambition inédites.

Inédite car le film bouscule l’univers mis en place en semant la discorde parmi ses héros. Habile et équilibré, le scénario inscrit ses personnages dans une réalité tangible en remettant en question leur légitimité. Pour la première fois ils apparaissent comme une menace pour le monde entier dans la mesure où eux aussi sont capables de semer la mort.

Avengers 2, ses excès et ses boursouflures, avait montré les limites de la formule Marvel : surenchère spectaculaire, faiblesse de l’écriture, difficulté à faire exister plusieurs personnages. Les frères Russo l’ont bien senti, et corrigent habilement toutes ces erreurs.

Ainsi, ils réussissent à la fois, à prolonger le récit du Soldat de l’Hiver, à introduire de nouveaux personnages majeurs et à préparer Avengers 3. Tout cela dans un film fluide, digeste et auto-suffisant.

La réalisation, nerveuse et lisible, nous ménage de belles scènes d’action et de combats homériques comme cette bataille dans un aéroport (désaffecté cette fois, pour éviter toute victime collatérale). Côté personnages, nous faisons la connaissance de Black Panther, une sorte de Batman version Africaine, très bien interprété par Chadwick Boseman ; ainsi que du nouveau Spiderman dans une version rajeunie et plus espiègle. Mention spéciale à Daniel Brühl dans la peau de Zemo, le grand méchant de l’histoire. Psychotique et blessé, il compose un personnage terrifiant dans ses actes et émouvant dans sa motivation. Chris Evans, dans la peau du Captain fait des merveilles en parvenant à rendre incroyablement attachant un personnage de prime abord lisse et unidimensionnel.

pour illustrer

Aux exploits super-héroïques les auteurs injectent des enjeux et des conflits incroyablement humains qui sont les véritables moteurs de l’action et donnent à ce Marvel, j’ose le mot, une saveur shakespearienne. Distillant habilement ses informations, le scénario ménage en guise de climax, non plus une énième scène pornographico-spectaculaire, mais une révélation fracassante et un duel déchirant.

Intronisés nouveaux tauliers de l’univers Marvel, les frères Russo vont reprendre les rênes de la saga Avengers et cela est une excellente nouvelle. Espérons que les futurs films du studio s’inspireront de leur sincérité et générosité.

Maitrisé, bien écrit et émouvant, ce Captain America 3 est le film le plus ambitieux et le plus réussi des Marvel. Un véritable miracle.

 

Fouad BOUDAR