Le grain de sable

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Depuis son premier long métrage sortie en 2007 (Chrysalis), Julien Leclercq a investi le champ du film d’action, du thriller avec des bonheurs divers. Son premier long bénéficiait de l’intérêt que l’on peut porter à un nouveau cinéaste disposant d’un bon casting (Dupontel, Mélanie Thierry, pour les plus jeunes, de Marthe Keller et Patrick Bauchau pour les plus anciens) et d’un scénario pour le peu original, dans la mesure où il y ajoutait une pointe de science-fiction. Mais il enchaîne trois ans après avec un film à connotation politique, évoquant un événement de l’histoire récente du terrorisme en France, avec le détournement d’un avion d’Air France en partance d’Alger par un groupe de terroristes faisant partie de la mouvance du GIA (groupe islamiste armé). Avec un tel sujet, on pouvait espérer un film à la Paul Greengrass et son impeccable « Vol 93 », d’autant que le réalisateur s’en inspiration. Mais l’inspiration , même placé à ce niveau-là, ne suffit pas toujours à permettre d’obtenir un film réussi. Et la déception est d’autant plus grande qu’aucun autre cinéaste à ce jour n’avait évoqué ce drame récent survenu sur le sol français, la majeure partie de l’action est circonscrite à l’aéroport de Marseille. A l’instar de « Vol 93 », on était en droit d’espérer un film fort, dense, aux multiples implications géopolitiques et stratégiques. Hélas, rien de tout cela. Retour à case thriller avec le suivant « Gibraltar » sorti en 2013, au casting assez haut de gamme, Gilles Lelouche, Tahar Rahim, Philippe Nahon, avec de solides seconds rôles. Julien Leclercq s’intéresse aux narcotrafiquants, dealant la cocaïne colombienne. Plus à l’aise dans ce registre, le réalisateur réussit un film plus nerveux, malgré tout non exempt de défauts.

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Pour son nouveau film, il reprend sa casquette de producteur, rédige le scénario et réalise un film d’action pure, avec un budget serré, malgré la présence de Sami Bouajila en tête de casting. Cette fois, Julien Leclercq fait le choix de privilégier les scènes d’action (braquages, règlements de compte, etc…) au détriment de la psychologie des personnages ou des background des protagonistes. D’ailleurs, le film démarre d’emblée par une longue scène de braquage d’un fourgon de transport de fonds. Ce qui n’est pas sans rappeler un film américain ayant inspiré le réalisateur : « Heat » de Michael Mann (1995). Tout comme les protagonistes de ce groupe de braqueurs, le réalisateur a minutieusement préparé son film, tournant sur les lieux mêmes évoqués dans le film. Ainsi, plusieurs séquences de ce film se déroulent à Sevran. Elles ont été tournées dans cette ville de la banlieue parisienne, utilisant même des habitants de cette ville soit en tant qu’acteurs de seconds rôles, de figurants ou de techniciens sur le tournage.

La réussite du film tient dans l’aspect quasi-réaliste des séquences de braquage ou d’affrontements braqueurs/dealers. Julien Leclercq maîtrise ce volet du film, évitant les scènes d’explication, les scènes de préparation, … Les personnages parlent peu.Notamment celui du chef du gang des braqueurs, celui qui organise, planifie les braquages, interprété par un Sami Bouajila presque hiératique, à l’instar de Delon chez Melville. Mais, c’est aussi la limite du limite du film. C’est un grain de sable dans la belle mécanique mis au point par le chef du gang qui vient dérégler toute la machinerie. Le réalisateur nous montre bien l’inévitable dérèglement de cette machine jusque cette fatale résolution. Mais le film reste à la surface des choses. Il ne suffit pas de montrer avec précision, si l’on ne donne pas d’éléments complémentaires quant aux répercussions de leurs actes, sur leur place dans notre système social. Certes des éléments apparaissent, leur couverture, leur volonté d’apparaître presque « normal », leurs codes différents des générations précédentes, mais cela s’avère insuffisant pour donner de l’épaisseur à ce film.

Christian Szafraniak